Des bactéries multi-résistantes ont été retrouvées chez près de quatre patients sur 10.

Les antibiotiques représentent l’une des principales innovations de la médecine. Seulement, à l’Extrême-Nord, ils constituent désormais « une menace sérieuse pour la santé publique ». Et pour cause, « Certains patients qu’on reçoit à l’hôpital de Maroua et surtout dans le service de la Chirurgie ne réagissent pas au traitement antibiotique qu’on leur administre alors que les antibiotiques sont des médicaments utilisés pour traiter et prévenir les infections bactériennes», constate le Dr Gaël Fabrice Tchoufong, médecin à l’hôpital régional de Maroua. Des propos contenus dans le bulletin d’informations de Médecins Sans Frontières (MSF). Dans le but de renforcer la surveillance sur ce phénomène, Epicentre, la branche de recherche et d’épidémiologie de cette ONG humanitaire, a analysé les résultats des examens de laboratoires (Antibiogramme) de 41 patients hospitalisés dans le service de la chirurgie à l’hôpital régional de Maroua.

C’est ainsi que des bactéries multi-résistantes ont été retrouvées chez près de quatre patients sur 10. « Les bactéries dites multirésistantes (BMR) résistent à plusieurs antibiotiques usuels. Elles constituent une menace sérieuse pour la santé publique car elles sont difficiles à traiter, entrainent ensuite une prolongation des hospitalisations et une hausse de la mortalité », explique Yap Boum, responsable du projet Epicentre à Yaoundé. «Cette résistance est accélérée d’une part par l’utilisation massive des antibiotiques par l’homme (Automédication, faux médicaments, surmédicalisation …) et d’autre part par l’utilisation des antibiotiques comme facteur de croissance dans l’élevage des animaux domestiques comme c’est le cas dans la région de l’Extrême-Nord », conclut-il. Défini comme une priorité mondiale par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), un plan d’action a été mis en place pour lutter contre l’Antibiorésistance.  Il s’agit d’améliorer la sensibilisation et la compréhension du phénomène de résistance aux antibiotiques, de renforcer la surveillance et la recherche et d’optimiser l’usage des antibiotiques.

Selon le rapport d’Epicentre, dans le département de la chirurgie à l’hôpital régional de Maroua, le taux de mortalité des patients avec bactéries multi-résistantes est de 18.7%, par rapport à 8.7% chez les patients n’ayant pas de BMR. La pénicilline, le cotrimoxazole et la combinaison Amoxicicilline / Acide clavulanique étant les antibiotiques montrant le plus de résistances. Dans le but d’accompagner le Ministère de la Santé Publique dans la lutte contre l’émergence des résistances aux antibiotiques, MSF et Epicentre évaluent en ce moment la possibilité de mener une étude sur l’ampleur de ce phénomène dans l’Extrême-Nord.

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