Une guerre de camps empêche la tenue de l’Assemblée générale devant élire le nouveau bureau.

C’est un peu l’impasse à l’Ordre national des pharmaciens du Cameroun (Onpc). Les cinq candidats qui se bousculent pour le fauteuil de Président rongent leurs freins, en attendant la probable tenue de l’Assemblée générale élective (AGE). Après trois rendez-vous manqués, la date et le lieu de la prochaine tenue de cette assise restent inconnus. La dernière tentative d’organisation de l’AGE, ayant fait chou blanc, la décision revient désormais au ministre de la Santé publique (Minsanté), souffle une source interne au Conseil de l’Onpc.

Coup de théâtre

Prévue pour le 15 janvier 2019, tout semblait pourtant prêt pour la tenue effective de cette AGE. L’autorisation de manifestation publique avait même été délivrée par l’autorité administrative à travers le Président sortant le Dr Hiag Prosper, dont le mandat a expiré depuis février 2018. Mais le jour dit, coup de théâtre ! La réunion a été interdite par le sous-préfet de Yaoundé 1er, Nana Cosmas Thierry. L’Onpc a en effet reçu notification ce matin-là, d’une annulation de la précédente décision. « Est et demeure rapporté pour menace de trouble à l’ordre public, le récépissé de déclaration de réunion publique du 09 janvier 2019 délivré au Conseil National de l’Ordre du Cameroun représenté par le Dr HIAG Prosper, relatif à la tenue de son Assemblée générale élective prévue le 15 janvier 2019 », peut-on lire sur le document signé du sous-préfet, datée du 14 janvier.

Une sentence prise sur la base des récriminations formulées par une partie des membres de l’Onpc. « Des pharmaciens sont allés se plaindre que c’est une AG à problème. Le sous-préfet a donc décidé de l’annuler pour troubles à l’ordre publique », explique un pharmacien. Non content, le conseil de l’Ordre a à son tour saisi le nouveau Minsanté, Manaouda Malachie lui indiquant que tout part d’une erreur de son prédécesseur. Dans un courrier adressé au Conseil, André Mama Fouda avait instruit à la Présidente des Assemblées la tenue des AG ordinaires (AGO) et AGE or la première avait déjà été organisée au mois de novembre 2018 et dont il avait déjà reçu le rapport. « L’ancien ministre avait reconnu son erreur et nous avons envoyé un nouveau courrier pour correction. Entre temps, on l’a enlevé mais le nouveau ministre est au courant. Il a toute les décharges », explique un membre de l’Onpc.

Tractations judiciaires

Quoi qu’il en soit, en réalité, cette décision de l’autorité administrative est venue trancher le bras de fer qui se jouait en sourdine, entre la Présidente des Assemblées de l’Ordre et le Collectif des pharmaciens, représenté ici par le Dr Francis Mveng. Selon une notification d’huissier de justice datant du 08 janvier 2019 et servie à la Présidente des Assemblées, le Dr Chantal Eteki Ekindi, ce Collectif demandait non seulement de reporter l’AGE du 15 janvier en fin de semaine, conformément aux usages de l’Ordre mais aussi et surtout, afin de permettre la participation d’un plus grand nombre de pharmaciens, l’AG étant élective. « Nous pensons que vous n’avez pas été mise au courant de toutes ces informations par le bureau sortant de l’Ordre et nous souhaitons vivement que vous fassiez œuvre utile en apportant les correctifs attendus », précise le collectif. Mais à l’analyse, « ce Collectif des pharmaciens, proche du Samson Ndombo Koki était une stratégie pour rééquilibrer les règles du jeu qui semblent acquises au candidat soutenu par le conseil sortant et le bureau des Assemblées », souffle-t-on.

Ce d’autant plus que ce sont ces deux entités qui organisent les élections auxquelles se présente le vice-président sortant de l’Onpc, le Dr Ampoam Christophe. Seulement, cette requête du Collectif est demeurée infructueuse. C’est sans doute ce refus qui a mis le feu aux poudres. Dans la lettre du 27 décembre 2018 les convoquant à cette AG reçue par les Pharmaciens, la Présidente des Assemblées annonce une AGE uniquement et non les deux AG, c’est-à-dire l’AGE et l’AG ordinaire, tel qu’instruit par André Mama Fouda le 05 décembre 2018.  Le Collectif des Pharmaciens a donc entrepris d’adresser une dernière « sommation au Dr Chantal Eteki Ekindi, Présidente des Assemblées de l’Ordre du Cameroun où étant et parlant comme dessus, de reporter la tenue de l’assemblée prévue le mardi 15 janvier 2019 à Yaoundé (…) faute par elle d’obtempérer à la présente sommation, mes requérants entreprendront toute action de droit à son encontre », stipule celle-ci datée du 09 janvier. Toute chose qui ne semble pas convaincre. « Les dissidents jouent les légalistes. Ils disent que le Minsanté a ordonné la reprise de l’AGO. Pour eux, en le demandant, le ministre ne reconnait pas le quitus donné au conseil sortant à l’AGO de novembre. Espérant ainsi qu’en cas de reprise de cette AGO, le quitus sera d’office refusé et seront d’office éliminés de la course tous ceux qui y étaient : Ampoam, Hiag, Yissibi », confie un cacique de l’Ordre.

Crise

« En fait, ceci est l’œuvre de l’une des factions qui veulent entrer au bureau. Derrière ce plan, c’est une bataille pour contrôler le nouveau conseil », explique une source. Approché, la loi de l’omerta est de rigueur. Pour le Collectif des Pharmaciens, le Dr Mveng n’a pas souhaité s’exprimer sur les motivations de l’action dudit Collectif qu’il représente. « A ce stade de la lutte, il faut être prudent », a-t-il simplement indiqué. Du côté de l’Ordre, l’on se refuse aussi à toute déclaration. « L’autorité administrative a pris sur elle de prendre une décision au vu des éléments qu’elle avait. Je n’ai pas à dire si elle a bien agi ou pas. Je ne peux pas être juge de son action. Je suppose qu’elle a fait des choses en âmes et conscience par rapport à ce qu’on lui a présenté », fait savoir le Dr Ampoam Christophe. Cependant, l’arbitrage du Minsanté est requis face à ce qui s’apparente aujourd’hui comme un imbroglio au sein de l’Ordre, né à la suite d’une guerre de camps. « Ils sont allés voir le ministre pour arbitrage. Ce dernier leur a dit qu’il ne peut pas aller à l’encontre de la décision de l’autorité administrative », souffle un fonctionnaire proche du dossier. Pour l’heure, nos informations font état de ce que la Présidente des assemblées va convoquer dans les prochains jours, une réunion élargie aux dissidents pour dénouer la crise.

C’est depuis le mois de novembre 2018 que la tenue de la 1re AG a été renvoyée au 15 décembre 2018. Elle a à nouveau été renvoyée au motif de quorum non atteint. Prévue le 15 janvier 2019, elle a purement été interdite pour troubles à l’ordre publique. A ce jour, aucune date n’a encore été communiquée. Les tractations ont cours en vue d’une sortie de crise. En tout cas, cinq candidats se bouscule à ce poste dont le mandat est de trois ans. Il s’agit du Dr Ampoan Christophe (vice-président sortant qui se présente comme le candidat de la « Continuité-Modernité-Intégration ») ; du Dr Yissibi Pola Emilienne (secrétaire générale sortante) ; du Dr Ndombo Koki Samson; du Dr Nana Franck (Directeur chez le grossiste Ubipharm et affirme être « Le meilleur choix ») et du Dr Ngoule Charles Christian (qui milite pour « Une pharmacie camerounaise sans contrebande pour un pharmacien épanoui »).

Conséquences et alternatives

Le bail de Dr Hiag Prosper est peut-être fini du point de vue légal, mais il trône toujours le fauteuil si convoité de président de l’Onpc. Depuis l’expiration de son mandat en février 2018, celui-ci a été prorogé une première fois pour une durée de six mois, puis pour une autre de trois par le Minsanté d’alors. Cette situation de crise n’est pas sans conséquences sur le fonctionnement de l’Ordre qui s’en trouve ainsi bloqué. Ensuite, le mandat du bureau sortant étant terminé, « on expédie les affaires courantes uniquement. Ceux qui ont fait interdire cette AG sont simplement irresponsables. Ils diffèrent la date à laquelle ils auraient pu être élus pour gérer comme ils pensent », regrette un cacique de l’Ordre. Et d’après lui, des alternatives s’offrent néanmoins à tous.  « Après l’échec de la dernière AG qui devait être la dernière, soit le ministre ferme les yeux et laisse le bureau fixer une nouvelle date en tenant compte des griefs de ceux qui ont bloqué cette AG, soit il reprend la gestion de l’ordre et fixe lui-même le calendrier des activités jusqu’à la nouvelle AG qu’il convoquera », analyse ce pharmacien. Et même ici, rien n’est moins sûr. Puisque « C’est l’attitude du ministre qui déterminera la suite. C’est une patate chaude pour lui, à peine arrivé dans un secteur où il n’a aucune compétence. Il va se faire piloter par ses conseillers », pense-t-il.

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