Dr Landry Mbouche : « Il faut trouver le juste milieu pour une bonne érection »

L’urologue en service à l’hôpital Gynéco-Obstétrique et pédiatrique de Yaoundé revient sur les causes de la dysfonction érectile, le profil des patients qui en souffre et surtout, les astuces pour en venir à bout.

C’est quoi la dysfonction érectile, communément appelé « l’impuissance » ?

C’est l’incapacité à avoir une érection qui puisse assurer une satisfaction de l’homme et de la femme. Parfois c’est juste une panne.

Quelle en est la prévalence au Cameroun ?

Actuellement, des études sont entrain d’être menées. Il est difficile de la donner mais sachez que dans nos consultations, si j’ai 15 malades, il y aura au moins quatre qui viendront pour des troubles de dysfonction érectile par consultation journalière. Donc ce n’est pas un mal à prendre à la légère. Nous avons eu pendant longtemps l’impression que l’homme ne souffrait pas ; que l’homme n’avait pas de problèmes. Surtout que c’est plus les femmes que nous voyons à l’hôpital. Mais il faut savoir que l’homme souffre aussi mais généralement, c’est une souffrance intérieure. Le problème est souvent latent depuis plusieurs mois voir année. Donc ce n’est pas un problème qu’il faut prendre à la légère. C’est un problème qui est parfois responsable de divorce par exemple.

Comment savoir qu’un homme souffre de dysfonction érectile ?

Il n’est pas difficile de poser le diagnostic. Vous avez un couple qui vous aborde parce que comme on dit au quartier ça ne se lève pas ». Et une fois que c’est le cas, il y a déjà un problème sur le plan psychologique et organique. Le médecin sera donc appelé à faire la part des choses entre la composante organique et psychologique.

Quel est le profil d’un patient en souffre ?

Généralement, vous avez un homme de la quarantaine qui est stressé que ce soit au travail ou à la maison ; qui manque de confiance en lui ; qui ne parvient pas à s’exprimer clairement devant sa femme, le médecin et qui depuis quelques mois a une souffrance intérieure ; qui fuit pratiquement les rapports sexuels. Mais parfois aussi aidé par sa femme, se retrouve devant le médecin, pose le problème et vous vous rendez compte que le problème est là depuis longtemps.

Ça peut aussi être dû au fait qu’on n’est pas bien dans sa tête…

Effectivement. Quand on parle du stress au travail et à la maison c’est dans la tête. Et on ne va pas arrêter de le dire. Le premier organe sexuel c’est le cerveau. Lorsque vous avez des problèmes, sachez que la commande que le cerveau envoi peut ne pas avoir un effet sur la verge. Donc, pas d’érection parce ça ne se commande pas aussi facilement qu’on en a l’impression. Si vous n’êtes pas stable dans votre tête, parfois l’érection peut être différente. Si vous êtes trop content, l’érection peut être différente. Si vous êtes trop amorphe, ça peut être amorphe. Il faut le juste milieu. C’est pourquoi quand on parle de sexualité, c’est la relation avec l’autre. La communication est très importante.

Qu’est ce qui la provoque chez l’homme ?

Dans la plupart des cas, ce sont les problèmes psychologiques. Mais vous pouvez aussi avoir des problèmes organiques. Des comorbidités comme l’hypertension artérielle, le diabète, le tabagisme peuvent entrainer une dysfonction érectile.

Dans quels cas est-elle est passagère et définitive ?

Lorsqu’elle est d’origine psychogène, généralement elle est passagère. Il s’agit juste d’une panne sexuelle qui peut être réglée aisément mais en sachant que c’est la relation avec l’autre qui est un problème. Par contre, lorsqu’elle est organique, il faudra identifier le problème causal et y apporter des solutions en fonction de la sévérité. Vous pourrez donc passer d’un traitement médical à des injections et même parfois des prothèses.

Cette dysfonction se soigne-t-elle ?

Certains ne la considère même pas comme une maladie. C’est juste une panne parfois qui demande de communiquer, partager dans le couple. Puis les choses reviennent à la normale.

Est-ce de cette manière qu’on peut la « soigner » ?

Oui entre guillet. Mais nous allons davantage encourager la communication dans le couple. Il faut savoir que certains mots sont très blessants et avoir un impact fortement négatif sur le partenaire. Généralement, les femmes n’ont pas leur langue dans leurs poches. Imaginez que votre partenaire vous dise « impuissant »… Le fait qu’elle le dise peut complètement vous bloquez, vous anéantir et vous n’aurez pas d’érection. Donc la communication dans le couple est très importante pour pouvoir vaincre cette panne sexuelle.

Dans le cas où elle devient chronique, qu’est-ce qu’il faut faire ?

Vous consultez et il y aura un accompagnement sur le plan psychologique et sur le plan médical.

Les excitants et aphrodisiaques peuvent-ils soulager ?

La meilleure chose c’est de consulter. Et le médicament n’est pas toujours la solution. Il est même moins souvent la solution. La communication dans le couple peut permettre dans la plupart des temps de gérer le problème.

Quel peut être le rôle de la médecine traditionnelle dans la résolution du problème ?

On ne peut pas mettre de côté notre médecine traditionnelle. C’est certain qu’il y’a des approches de la médecine traditionnelle qui peuvent aider le couple à avoir une satisfaction réelle après un rapport sexuel. Mais n’étant pas aussi un expert en la matière, je laisse le soin à ceux qui la pratique de façon correcte de pouvoir en parler à loisir.

Quels conseils pouvez-vous donner pour aider les couples à passer ce moment délicat ?

Je pense qu’il ne faut pas considérer l’acte sexuel comme une compétition mais lui donner toute sa place, tout son sens avec toutes les étapes. Nous ne sommes pas des animaux. Donc, tout cela doit être préparé. Il y a ce qu’on appelle les préliminaires qu’il faut respecter. La communication avec le ou la partenaire. Donc respecter l’autre, ses désirs, se connaitre suffisamment, connaitre les besoins de l’autre aide à avoir une vie sexuelle épanouie.

Vous avez indexé les femmes avec les mots blessants qu’elles peuvent parfois utiliser. Quel rôle peuvent-elles dans un moment où un homme est face à cette situation ?

Je vais vous surprendre. C’est même généralement les femmes qui amènent leurs partenaires en consultation. Parce qu’il est parfois difficile pour l’homme de s’exprimer sur ce sujet-là. Donc, les femmes savent jouer le rôle d’accompagnement, de soutient. Tout ce que vous pourrez dire dans le mauvais sens peut avoir des conséquences sur l’érection de votre partenaire. Donc, l’attitude c’est la compréhension, le soutien, l’accompagnement, la communication. Elle est très importante. Il faut la chercher. C’est ça le médicament important.

Olive Atangana

Journaliste diplômée de l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de communication (Esstic) au Cameroun. Passionnée et spécialisée des questions de santé publique et épidémiologie. Ambassadrice de la lutte contre le paludisme au Cameroun, pour le compte des médias. Etudiante en master professionnel, sur la Communication en Santé et environnement. Membre de plusieurs associations de Santé et Politique, dont la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ) et le Club des journalistes politiques du Cameroun (Club Po). Très active sur mes comptes Tweeter et Facebook.

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