"La stigmatisation des patients souffrant épilepsie contribue aux difficultés d’insertion scolaire et professionnelle"

Le neurologue revient entre autres, sur les conséquences de la stigmatisation d’une personne souffrant d’épilepsie et explique pourquoi cette maladie reste davantage considérée comme un problème spirituel plus que médical.

Comment savoir qu’une personne est épileptique ?

Les patients souffrant d’épilepsie présentent des crises épileptiques à répétition. Ces crises peuvent être associées à d’autres signes comme les difficultés d’apprentissage, les troubles moteurs et des troubles psychiatriques. Il faut dire que le diagnostic d’épilepsie est clinique.

Pourquoi le diagnostic est souvent long à poser ?

Les difficultés de diagnostic sont souvent liées au délai de consultation qui est relativement long dans notre contexte. Parce qu’une bonne partie de nos patients a recours aux traitements traditionnels et spirituels avant d’arriver à l’hôpital. Les autres causes de ces difficultés diagnostiquées sont le manque de formation des personnels de santé et le faible nombre de spécialistes du cerveau dans notre pays.

Quels sont les facteurs déclenchants et aggravants de cette maladie ?

Plusieurs facteurs peuvent favoriser la survenue des crises épileptiques notamment l’alcool, les excitant comme le café, le thé, le manque de sommeil, les heures de lumière pour les épilepsies sensibles à la lumière, la fièvre notamment les enfants et le stress.

Pourquoi dans notre société, l’épilepsie reste davantage considérée comme un problème spirituel plus que médical ?

L’épilepsie reste un tabou. Dans nos cultures l’épilepsie est considérée comme une maladie mystérieuse et même mystique. Cela contribue à la stigmatisation et la marginalisation des patients.

Quelles sont les conséquences de la stigmatisation d’une personne souffrant d’épilepsie ?

La stigmatisation des patients souffrant épilepsie contribue aux difficultés d’insertion scolaire et professionnelle, aux difficultés d’accès aux soins car les malades sont gardés à la maison, à la perte de l’estime de soi et à la survenue de troubles psychiatriques, etc… En cas de crise, les proches doivent : éloigner les objets dangereux autours du malade, protéger la tête du malade, éloigner le malade du feu ou de l’eau (piscine, rivière), éviter de mettre des objets dans la bouche ou les narines, éviter de mettre la tête du patient dans le W.C, éviter de contraindre les mains ou les pieds du malade en mouvements.

Comment vivre avec l’épilepsie et peut-on en guérir ?

L’épilepsie est une maladie chronique qui impose une certaine hygiène de vie comme toutes les autres maladies chroniques. Dans 7 cas sur 10, le traitement antiépileptique permet de contrôler les crises. Les patients peuvent alors avoir une vie quasi normale.

Quel est le coût du traitement ?

Le coût du traitement dépend principalement du médicament antiépileptique utilisé et des autres comorbidités. Par exemple il y’a des antiépileptiques qui coûtent environ 1000 à 2000fcfa le mois et d’autres qui coûtent près de 50000fcfa le mois. Le choix du médicament dépend du type de crise, des effets secondaires, des interactions avec d’autres médicaments, du nombre de prise journalière et du coût bien sûr.

Quelles sont les nouveautés en termes de traitement ?

Les nouveautés en termes de prise en charge de l’épilepsie sont les gadgets pour le dépistage précoce des crises et l’usage d’un dérivé du cannabis pour la prise en charge. Il faut préciser qu’il ne s’agit pas du cannabis fumé par les toxicomanes et interdit dans notre pays. Mais plutôt d’une substance (cannabidiol) qui contribuerait à réduire la fréquence des crises dans certaines épilepsies sévères. La chirurgie de l’épilepsie, la stimulation du nerf vague et le régime cétogène sont encore des rêves plus ou moins lointains pour les épileptologues camerounais.

Pourquoi l’épilepsie est une maladie négligée autant par la communauté médicale que par les autorités sanitaires et la société ?

Je ne pense pas que l’épilepsie soit négligée par les autorités sanitaires et par les professionnels de santé. Le ministère de la santé en partenariat avec la Ligue Camerounaise Contre l’Epilepsie a organisé de nombreuses campagnes de sensibilisation, de formation, de diagnostic et de prise en charge des personnes vivant avec l’épilepsie. Il y’a encore des choses à améliorer notamment dans les zones rurales pour lutter contre toutes les croyances associées à cette maladie, à la marginalisation dont sont victimes les patients et à l’accès aux médicaments antiépileptiques de première nécessité. Mais les efforts des autorités sanitaires et des personnels de santé sont à encourager.

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