La santé sexuelle, l’une des composantes de la santé globale selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), fait donc partie intégrante de la santé, du bien-être, de la qualité de vie dans leur ensemble et cela implique un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social en relation avec la sexualité. Une harmonie qui implique selon l’organisme onusien, une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations, ainsi que la possibilité d’avoir des expériences sexuelles agréables et sures, sans contraintes, sans discrimination, sans violence. Un épanouissement indissociable du respect et de l’écoute. Sexualité épanouie ? Qu’est ce qui y contribue ? Rencontrez-vous des difficultés particulières, est-ce une quête ou une réalité ? Ces questions trouvent leurs réponses ici à travers un échange sur RFI, avec le Dr Catherine Solano, sexologue.

Comment comprendre le terme épanouissement quand on parle de sexualité ?

L’épanouissement sexuel c’est tout simplement se sentir heureux dans sa sexualité. Ce n’est pas tellement faire durer le rapport sexuel tant de minutes, avoir tant de rapports sexuels par semaine, avoir un orgasme à chaque fois, avoir un indice de satisfaction maximum à chaque fois. C’est se sentir heureux. Et le ressenti est beaucoup plus important que la technique. Il est simplement question de bien-être et de joie. Il faut que la sexualité vous donne de la joie. Parce que normalement, la sexualité doit être un jeu entre adultes, et pas tellement une prestation de service où on vous mettra une note. A partir du moment où vous vous amusez, où vous avez de la joie à le faire, que ce soit parfait où qu’il y ait de petites difficultés, ce n’est pas forcément grave. Ça fait partie de la vie.

Le nombre de rapports et la taille du sexe n’ont forcément rien à voir avec l’épanouissement sexuel ?

Mais non. Il y a un mot que les auditeurs utilisent beaucoup et que je n’aime pas : c’est la satisfaction. Je ne satisfais pas ma femme ou elle ne me satisfait pas. Ça me fait penser à « satisfait ou rembourser ». La question n’est pas d’être satisfait mais d’être content et joyeux.

Vagin trop petit ou trop serré pour l’acte sexuel… ?

Le vagin est normalement serré au repos c’est-à-dire c’est une forme mais qui est fermée. Les deux parois se touchent et il peut se dilater mais seulement dans certaines conditions. Il peut même beaucoup se dilater quand on accouche mais il y a des conditions pour qu’il puisse se dilater. Pour l’accouchement, ça va être des hormones de l’accouchement et de la grossesse qui rendent les tissus plus élastiques. Pour les rapports sexuels, ce sont les hormones aussi mais c’est beaucoup plus les préliminaires, les caresses qui vont faire en sorte qu’il y ait une lubrification, humidification du vagin mais aussi, une relaxation de tous les muscles autour qui ont une capacité à se dilater. Si une femme est stressée, a peur d’avoir mal, se contracte ; s’il y a pas de préliminaires et d’excitation, elle ne va rester fermée et c’est difficile de faire une pénétration qui soit agréable. Le problème aussi c’est que plus on a peur, moins on se relaxe. La peur fait qu’on contracte les muscles.

Comment expliquer le vaginisme ?

C’est lié à la peur. Ce n’est pas toujours une peur qu’on ressent émotionnellement. C’est le corps qui a peur et souvent, ça peut être lié à une mauvaise expérience sexuelle. Le lubrifiant est très important parce que plus on essaye, plus on a mal ; plus le vagin se crispe et se serre. Et donc, il faut absolument réussir à avoir une pénétration sans douleur. Comment on fait ça ? D’abord, on peut commencer à faire une pénétration seulement avec un doigt. Par exemple votre partenaire, de mettre le lubrifiant sur son doigt ou même vous-même pour vous entraîner pour que votre vagin sente qu’il y a des expériences non douloureuses. Ensuite, en mettant deux doigts, avec le pénis, il faut mettre énormément de gel sur le pénis, à l’entrée du vagin aussi, sur la vulve et surtout, beaucoup sur le pénis. Sinon, une fois qu’il est entré, s’il n’y a pas de gel à l’intérieur, ça fait mal. Il faut en mettre beaucoup. A la limite, il faut que ça glisse trop. De manière à réussir à avoir des rapports sexuels qui ne vous fasse pas mal.

Et ensuite ?

A partir du moment où ça vous fera moins mal, vous aurez moins peur, votre corps se contractera moins et petit à petit ça devrait aller mieux. Un dernier conseil, il ne faut pas forcer. Parce que si on a mal et qu’on dit « tant pis je suis amoureuse il faut que ça passe », vous agressez encore plus votre corps et il a plus peur la fois d’après. Donc il faut aller très doucement. Beaucoup de douceur ; une pénétration très doucement. Ce qui est important aussi c’est de dire à votre partenaire « pendant le rapport sexuel si tu as mal dit stop ». Parce que le corps qui a peur d’avoir mal se crispe. C’est très important. Une autre chose aussi, c’est de pratiquer des caresses à l’intérieur du vagin avec un doigt. C’est important. Ça fait moins mal et s’il y a une crispation ça forme moins. Il s’agit de faire des caresses très doucement pour que le vagin se dise « finalement ça peut me faire du bien, ça peut être doux et agréable » et finalement, il aura moins peur la prochaine fois.

Désir de votre part et pas de sa part…

On a souvent l’impression que ce sont toujours les hommes qui ont souvent envie et les femmes pas. Or Il y a des couples où justement, c’est le mari qui a du mal à demander à sa femme de faire l’amour, à aller vers elle. Peut-être votre partenaire à un petit blocage et vous pas. Les hommes se sentent souvent responsable de l’aisance financière de la famille. Ce qui est important c’est de cultiver l’intimité et l’harmonie du couple. Il faut que les parents s’entendent bien, qu’ils soient proches, qu’ils se fassent des câlins et qu’on donne un modèle aux enfants. La sexualité est importante pour les enfants, que ce soit un lien fort entre les parents. Il faut par moment que la sexualité soit une priorité au moins une fois par semaine parce que c’est ça le cœur du couple.

Je ne m’épanouie pas trop parce qu’il y a des choses que mon mari n’aime pas faire…

Quand on se marie, c’est aussi pour s’épanouir, bénéficier de la sexualité et non l’éviter. Donc, le plus beau c’est de s’épanouir entre mari et femme. Quelque fois, je dis à mes patients de trouver un religieux qui soit capable de dire à votre mari éventuellement, « vous savez il faut épanouir votre femme ». C’est important pour que le couple soit solide aussi. Parce que si on est mal dans son couple, ça ne va pas bien se passer que ce soit pour vos enfants que pour la durée de votre couple. La sexualité c’est quelque chose qui fait partie de nous aussi. Souvent aussi, c’est petit à petit qu’il faut décoincer votre partenaire. Que ce soit un homme ou une femme. Ce qu’il faut c’est de ne pas aller contre lui de force et lui dire ce qu’il faut faire. Il va se crisper davantage mais petit à petit, il faut le décoincer, réussir à le convaincre. Il vous dit il n’aime pas que vous touchiez son sexe mais il faut continuer à le faire mais très légèrement pour que petit à petit, il s’habitue à faire de plus en plus. Parfois, vous mettez sa main sur vos seins mais juste en passant pour que petit à petit, ça devienne naturel. Donc patience et confiance.

Depuis un an et demi ma femme (que je connais depuis une quarantaine d’années) et moi avons une sexualité catastrophique. Comment retrouver le rythme que nous avions à l’époque ?

C’est très fréquent après le décès d’un proche, de quelqu’un qui nous est cher qu’il y ait des problèmes avec la sexualité. Comme la sexualité c’est le geste qui donne la vie, c’est comme si tout d’un coup, notre esprit se dit « ça ne sert à rien de donner la vie » ou quelque chose comme ça. D’autre part, il y a qui ont une dépression et la dépression ça peut durer six mois, un an ou deux ans. Et un des signes de la dépression c’est de ne plus avoir de désir sexuel. Donc vous pouvez lui dire que vous pensez qu’elle est déprimée et que c’est pour ça que tu n’as plus envie de faire l’amour et lui dire qu’on n’est pas obligé de le faire. Il faut qu’on se fasse des câlins parce que tu en as besoin. Dans la sexualité, il y a le rapport sexuel, la pénétration mais il y a aussi le contact peau à peau. Donc c’est lui dire « vient contre moi, même tout nue, peau à peau », de manière à lui faire du bien psychologiquement. C’est très important.

Si elle a à peu près une soixantaine d’années, une question importante c’est de lui demander si elle a des douleurs pendant le rapport sexuel. Parce qu’après la ménopause qui intervient autour de la cinquantaine, souvent au début ça se passe bien et en quelques années, quatre, cinq ans, ça dépend des femmes, il peut y avoir une sécheresse vaginale. Et quand une femme a mal pendant la pénétration, qu’elle sent que c’est difficile, douloureux, elle peut après avoir moins de désir parce qu’elle a peur d’avoir mal. Donc, des fois il suffit d’en parler, d’utiliser pas mal de lubrifiants pour que ce soit plus facile à ce niveau-là. Troisième élément après la dépression et la lubrification, c’est de lui dire qu’elle est belle, que vous l’aimez, que vous la désirez pour lui faire du bien aussi. Ça stimule le désir sexuel aussi.

Après une séparation, je suis tombée dans la pornographie et depuis j’ai du mal à désirer la personne que j’ai face à moi à cause des fantasmes des images porno. Comment faire pour oublier ces images ?

Quand on regarde des images pornographiques, ça créé de nouveaux circuits dans le cerveau ; il y a des images qui s’impriment et du coup, ça s’active dans le cerveau. Comme ce sont des images plus excitantes que la vraie vie parce que c’est complètement exagéré, obscène, c’est plus puissant au niveau de l’excitation. Du coup, il y a plusieurs hommes qui vont dire « j’ai du mal à avoir une excitation, des érections depuis que je vois la pornographie ». La meilleure solution c’est d’arrêter complètement de regarder les images pornographiques parce que petit à petit, les circuits s’éteignent. Parce que même un tout petit peu, ça réactive. C’est comme la drogue. Souvent en quelques semaines ça va mieux.

Après les ovulations elle a très mal quand on fait l’amour surtout qu’on le fait pour faire un bébé…

Quand on commence à faire l’amour parce qu’on n’en a plus envie mais sur commande, ce n’est plus tellement agréable. Ce n’est plus quelque chose qui se fait sur impulsion mais sur calendrier surtout quand la femme regarde ses jours d’ovulation. Du coup, ça peut devenir très pesant et forcement ce n’est pas tellement agréable. Le faire que pour cela n’est pas une bonne idée. La deuxième chose c’est que peut être votre amie est déprimée. Quand on est déprimé, on n’a pas envie. Si elle est suivie par un psychologue il faut lui dire que vous êtes malheureux et que vous avez l’impression qu’elle ne vous aime plus. C’est important. Dites-lui ce que vous ressentez et réglez cette question de douleur. Il faut retourner voir le gynécologue pour cela.

Je ressens moins de désir sexuel pour ma compagne et l’érection est moins, bonne …

L’érection est moins bonne parce qu’une fois on a une panne et on a peur la 2e fois. Du coup, ça se passe moins bien. Si votre partenaire vous dit « c’était moins bien aujourd’hui », vous êtes plus stressé. Quand c’est ainsi, l’idéel c’est de demander le plus rapidement possible à son médecin de vous donner un médicament pour l’érection et de le prendre une dizaine de fois. Ça relance l’érection et votre partenaire vous dit « c’était mieux aujourd’hui » et hop c’est relancé. Mais c’est juste une fois et souvent ça va beaucoup mieux après.

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