L’économiste de la santé par ailleurs lauréat du prix Africain de l’Excellence dans le domaine de la santé clarifie la différence entre les actions recommandées dans son ouvrage intitulé « Stratégie de mise à niveau du système de santé camerounais. Révision des configurations institutionnelles » et l’Agenda de transformation du système de santé camerounais du ministre de la Santé publique.

Vous venez de commettre l’ouvrage « Stratégie de mise à niveau du système de santé camerounais. Révision des configurations institutionnelles ». Quel était l’objectif d’une telle réflexion ? 

L’ouvrage vise à répondre à 3 questions fondamentales : quelles sont les considérations institutionnelles rencontrées au Cameroun ? Pourquoi n’ont-elles pas produit de résultats positifs ? Et quelle est la solution ? Ainsi, l’objectif principal de cet ouvrage est de fournir des éléments méthodologiques pour améliorer le niveau de performance globale du système de santé Camerounais basée sur une vision novatrice. A cet effet, l’ouvrage a tout d’abord fait l’évaluation des différentes politiques de santé déjà mises sur pied dans le pays depuis la période des indépendances. Suite à cette évaluation, une série de recommandations a été produit. Par ailleurs, nous avons développé la notion de résilience pour apporter une solution de plus dans l’amélioration du système de santé. De façon globale, il s’est agi de produire une stratégie adaptée à l’environnement socioéconomique du pays contrairement aux anciennes politiques de santé.

A travers trois objectifs stratégiques, vous préconisez une trentaine d’actions à mener pour améliorer notre système de santé. Sont-elles réalistes et réalisables ?

La plus grande originalité de ce travail est qu’il n’est pas aligné sur les considérations institutionnelles habituelles. C’est pourquoi les propositions qui sont faites dans ce cadre sont réalisables et à moindre coût. Elles tiennent principalement compte de la situation socioéconomique du pays et des réalité rencontrées dans le domaine sanitaire.

Quelle peut être leur niveau de faisabilité ?

Contrairement aux politiques passées qui exigeaient un niveau très important de ressources financières, cette nouvelle approche proposée dans cet ouvrage a tenu compte non seulement du problème de mobilisation des ressources pour la santé mais également les problèmes liés au circuit de financement de santé, ce qui a permit de produire ces actions qui sont mieux adaptées.

En vous lisant, il se dégage des similitudes entre vos actions recommandées et l’Agenda de transformation du système de santé camerounais présenté en février 2020 par le ministre de la Santé publique. En quoi sont-ils différents ?

La différence fondamentale réside sur le fait que mon ouvrage sort des sentiers battus qui ont toujours tenu compte d’un certain nombre de considération institutionnelle qui ont favorisé l’échec de ces politiques. A tire d’exemple, les Objectifs de Développement Durable n’étant pas adaptés pour les pays, toutes politiques nationales basées sur ces objectifs disposent d’une probabilité importante d’échec. C’est pourquoi ce travail s’est plutôt focalisé sur l’environnement et les réalités du pays pour produire une stratégie plus adaptée. Il faut aussi rappeler que ce travail est disponible depuis la fin d’année 2019 ; bien avant l’agenda du ministre de la santé.

Comment trouvez-vous l’état de santé des camerounais ? 

Les camerounais font partie des populations ayant le plus mauvais état de santé dans le monde. Le classement des taux de mortalité place le pays parmi les 50 pays où on meurt le plus dans le monde. La mortalité liée au paludisme reste stable depuis une décennie, le choléra reste une terreur, l’hypertension, l’obésité, le diabète…etc gagnent du terrain. De façon générale, les camerounais disposent d’une santé très fragile qui est principalement due à leur condition de vie et leur alimentation.

Cet état est-il intimement lié au système que santé camerounais qui pour vous est un échec ?

C’est une évidence. Nous sommes en plein marché de la santé donc la satisfaction de la demande dépend étroitement de la qualité d’offre. La seule solution pour l’amélioration de la santé des populations reste la mise en place d’un système de santé efficient et efficace capable de répondre aux problèmes de santé des camerounais. Cependant, le système de santé camerounais reste parmi les plus moins performants de la planète. On note un niveau de protection quasi nul et une réactivité inexistante. Mais rien n’est véritablement perdu ; nous pouvons relever ce système de santé.

Vous déplorez le fait que le système de santé camerounais ne soit pas clairement défini et oscille entre centralisation et décentralisation… Selon vous, qu’elle serait le meilleur modèle pour le Cameroun ?

Il faut rappeler que le système de santé camerounais fonctionne dans une structure mixte comme celui de la France mais ne dispose pas de ressources que cela exige d’où les mauvais résultats. Il est important, pour un pays comme le Cameroun de définir un système de santé basée sur une structure centralisée. La situation des crises sanitaires nous démontre une fois de plus que les systèmes de santé centralisés sont globalement les plus résilients et plus adaptés aux politiques nationales de riposte.

Le projet de CSU pour lequel le Cameroun est engagé et qui est évoqué dans l’ouvrage peut-il davantage aider à améliorer notre système de santé ?

Le projet CSU engagé au Cameroun qui n’est rien d’autre qu’une assurance maladie, différent de la grande vision de la santé qu’englobe la CSU, est un élément qui répond à la problématique de financement de la santé. Le sujet est également évoqué dans cet ouvrage. Il faut donc rappeler qu’une assurance maladie permet de jouer sur les coûts de santé. Cependant, dans le cadre d’un marché la régulation se fait par l’amélioration de l’offre. Alors, lorsque le marché est déséquilibré comme celui de la santé au Cameroun, il faut plutôt améliorer l’offre au lieu de jouer sur les coûts. L’ouvrage apporte plus d’explications dans ce sens.

 

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