Le vaccin salvateur?

Le groupe de travail à pied d’œuvre a sur sa table, plusieurs propositions.

Le Cameroun compte administrer les premières doses de vaccin contre le nouveau Coronavirus d’ici la fin du 1er semestre 2021. Selon certaines sources concordantes et crédibles, ces molécules censées immuniser les populations contre le virus mortel devront être distribuées entre le mois d’avril et de mai. « Si tout se passe bien, nous allons commencer à vacciner en mai », confirme l’une de nos sources proches du dossier au ministère de la Santé publique. Un groupe de travail est d’ores et déjà à pied d’œuvre à ce propos. Il s’agit du Comité national de coordination (CCC).

Il est chargé de définir le plan stratégique qui comprends celui de financement, de mobilisation des fonds, de formation des acteurs sur le terrain, de communication, de briefing et les normes vaccinales. Il s’est d’ailleurs réuni au cours de la semaine écoulée. Parallèlement, dans le cadre des travaux du Comité national de Coordination des préparatifs à l’introduction du vaccin Covid-19 au Cameroun, la Task Force Nationale de Communication et de mobilisation sociale pour la Santé va se réunir le 27 janvier prochain à Yaoundé.

Seulement, jusqu’ici, aucune marque de vaccin n’a encore été sélectionnée. Plusieurs propositions sont pourtant sur la table. Seuls les critères d’éligibilité ont été défini. Ce sont l’accessibilité, le coût, le conditionnement et l’innocuité dudit vaccin. Sur la base de ces critères, certains vaccins se montrent plus contraignants que d’autres pour le Cameroun.

En fait, leurs conditions de conservation imposent au pays d’avoir une chaîne de froid adaptée or c’est un dispositif important que le Cameroun peut difficilement s’offrir et mettre sur pied en 4 mois. En tout cas, « Quand le vaccin qui cadre avec notre contexte sera disponible, il sera introduit », indique une source anonyme au Programme élargi de vaccination (PEV). Et, « le gouvernement ne va pas tarder à communiquer sa stratégie », poursuit-on au sein du cette structure.

Stratégie vaccinale

Dans le détail, « Ce sera comme le vaccin de la grippe et les gens se feront vacciner chaque année », informe notre source proche du dossier. Deux doses de vaccins seront ainsi administrées, à un intervalle de 28 jours. Le vaccin en lui-même ne sera pas obligatoire. En l’état actuel des choses, le Cameroun ne compte pas non plus organiser des campagnes de vaccination de masse, apprend-on aussi.  « Notre stratégie vaccinale est axée sur un grand groupe de personnes à risque », précise la source du Minsanté. Elle cible précisément les personnes âgées, les personnes souffrants de comorbidités et le personnel soignant.

Un échantillonnage limité d’après certains médecins. « Il ya d’autres couches exposées mais qui sont oubliées. Les militaires et les enseignants par exemple qui sont en contact avec les enfants qui eux, sont malades sans toutefois transmettre la maladie. 23% des adultes sont hypertendus, 6% de personnes sont diabétiques. Cette comorbidité n’attend pas que tu sois âgé. Donc cette tranche définit doit être élargie », suggère un médecin de Santé publique.

Débat 

D’ores et déjà, les avis divergent sur l’urgence et l’importance de ce vaccin au Cameroun. « Vu la composition démographique jeune du pays, le profil épidémiologique est très loin de ce qui est observé en Europe ou aux USA (Etats Unis : Ndlr). Les formes asymptomatiques et légères sont prépondérantes.  Les formes graves sont retrouvées chez des personnes âgées porteurs de maladies chroniques», avance un épidémiologiste. Pour lui, le Cameroun ne devrait pas se précipiter pour se doter dudit ce vaccin. Ce d’autant plus que l’efficacité des vaccins disponibles est en moyenne de 60 à 75%. « Ça veut dire qu’il marche mais pas totalement, à cause de la rapidité avec laquelle il a été développé », reconnait un de ses confrères.

De plus, jusqu’ici, la durée de protection du vaccin n’est pas connue. Autre fait et pas des moindres, pour acquérir les vaccins en dehors des frais liés à l’achat, il y’a des aménagements à faire. Notamment dans la chaine de froid, le transport, la logistique de manière générale. « Les conditions de conservations de ces vaccins nécessitent une chaine de froid lourde que nous ne possédons pas encore. Il faudra donc l’acquérir à des prix onéreux alors que nous avons d’autres problèmes de santé publique qui nécessitent des actions urgentes », précise l’épidémiologiste.

À la question de savoir si le Cameroun a besoin d’un vaccin anti Covid-19, un autre médecin est dubitatif. « Non, au regard de son taux de létalité qui n’est que de 2% ». Mais, cette posture ne fait pas l’unanimité. C’est que, « 2% c’est énorme à l’échelle d’une population. Ça fait 500 000 personnes qui perdraient la vie si nous avions en face de nous une de ces variants hautement transmissibles », explique le Pr Yap Boum II, épidémiologiste et responsable d’un centre de recherches de Médecins sans frontières (MSF) à Yaoundé.

Par ailleurs, « Ethiquement, un mort est un mort de trop. Ce que ceux qui mettent en avant le faible taux de létalité semblent perdre de vue c’est que le Covid-19 peut même entrainer la déstabilisation du pays. Ce n’est pas un problème de nombre mais de manière stratégique, ça pose un problème parce que c’est un risque potentiel pour l’élite qui dirige le pays. On a perdu le président du Burundi par exemple », renchérit son confrère, médecin de santé public.

Dans ce débat sur l’importance dudit vaccin anti Covid-19, le Pr Yap Boum II tranche : « Le Cameroun a besoin de ce vaccin pour protéger les personnes des formes sévères et de la mort ». A en croire cet épidémiologiste, « Il faut aussi voir que la prévalence de l’hypertension et du diabète chez les jeunes de 40-55 ans est en hausse dans nos pays. Ce sont autant de personnes à risque de faire des formes sévères et décéder de Covid. Elles ont donc besoin de vaccin pour être protéger. C’est notre devoir ».

Quoi qu’il en soit, « La décision de faire vacciner est davantage politique que sanitaire. Donc les enjeux sont énormes mais nous faisons tout pour protéger nos populations », affirme une source proche du dossier.

Initiative Covax

Le Cameroun a intégré le plateforme Covax, une initiative mondiale codirigée par Gavi (Alliance mondiale pour les vaccins) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette initiative vise à obtenir au moins 270 millions de doses du vaccin anti-coronavirus aux pays à faible revenu, une fois qu’il aura été homologué et approuvé. C’est l’Unicef qui coordonne et soutient l’achat, le transport international et la livraison, pour ce mécanisme Covax.

L’Union africaine a déjà commandé 270 millions de doses auprès d’un ensemble de fournisseurs dont Pfizer, Astra Zeneca (par l’intermédiaire du Serum Institute of India) et Johnson & Johnson (qui teste encore son vaccin). Ce montant s’ajoute aux 600 millions obtenus dans le cadre de l’effort mondial Covax. Au moins 50 millions de doses de cette tranche seront disponibles d’avril à juin 2021.

Entre temps, du 19 au 22 janvier, s’est tenue par visioconférence, la conférence des ministres de la Santé des pays de la Santé de la zone Cemac. Il était question d’adopter une position sous régionale commune, dans le cadre de la vaccination contre le virus mortel, le choix des vaccins et le calendrier vaccinal.

Au Cameroun, le rythme de contamination semble à nouveau s’emballer. Selon les statistiques communiquées par le ministre de la Santé publique le 23 janvier 2021, le virus a encore gagné du terrain. En effet, Manaouda Malachie a alerté sur une « remontée de la contamination surtout dans les Régions du Littoral, du Centre et du Nord ». En une semaine, le pays a ainsi enregistré 1607 nouveaux. Le pays totalise 29 617 cas confirmés, 462 décès, 1 110 cas actifs et un taux de létalité de 1,5%.

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