Le Minsanté a fait le choix d’une entreprise privée coréenne ne disposant d’aucun état de service pour piloter cet important projet social voulu par le chef de l’Etat Paul Biya.

Quatre jours après, les critiques à l’endroit du ministre de la Santé publique ne faiblit pas. Elle fait suite à la signature en catimini le 27 août 2020, du contrat de partenariat public privé (PPP) entre Manaouda Malachie et Jacqueline Mekongo, directeur générale de la Société santé universelle Cameroun SA (Sucam). C’est désormais cet opérateur coréen qui va accompagner l’État du Cameroun dans la mise en œuvre de l’important projet de la Couverture santé universelle (CSU), voulu par le président et annoncé dans son adresse à la nation le 31 décembre 2017.

Elle sera accompagnée pour cela, de trois partenaires camerounais et coréens. Il s’agit de High Tech Telesoft Cameroun SA ; GK Engineering et développement (société de droit coréen) et de New Tech Management malta (dotée d’un capital de 100 millions de FCFA). A noter que l’entreprise Sucam SA va assurer la mise en œuvre de la CSU pendant 17 ans avant de passer le relais à l’État et aura pour mission d’implémenter le système de ce projet majeur social et économique voulu par le chef de l’État Paul Biya. C’est-à-dire le financement, la conception, la construction, l’exploitation et la nomenclature), et la réalisation de toutes les opérations commerciales et financières y afférentes.

Sucam SA effectuera également la collecte des contributions sociales du secteur informel, la mise en commun des fonds dédiés à la gestion CSU. Aussitôt la signature du contrat actée, le DG et le Minsanté sont fendus en déclarations devant les médias à capitaux publics jeudi dernier, pour magnifier le caractère « historique » de ce contrat. Le début de la mise en oeuvre effective est prévu pour 2021. La 1ere phase qui devra s’étendre jusqu’en 2025 concernera les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes et les patients couverts par les programmes de santé comme le paludisme, la tuberculose. La 2e phase qui va inclure les enfants de 5 à 15 ans et les personnes âgées est censée aller de 2026 à 2030. La 3è débutera en 2030 et va inclure l’ensemble de la population.

Mais ce qu’aucune partie ne dit, c’est que toutes ces entreprises sont inconnues et n’ont pas d’état de service. Par exemple, High Tech Telesoft Cameroun SA et New Tech Management malta (au départ New Tech Management Cameroon SA d’après le communiqué du PM le 16 juin, et dotée d’un capital de 100 millions de FCFA), les 2 entreprises dite camerounaises, n’ont pas de site web, ni de page Facebook ou LinkedIn. High Tech Telesoft Cameroun SA, d’après internet, a été créée par le Dr Ernest Simo. S’agissant de l’entreprise GK Engineering et Développement, elle a un site web qui présente qu’elle est basée au Cambodge.

« Grands enjeux » financiers souterrains

Ce qu’aucune partie ne dit aussi, c’est qu’en réalité, Sucam SA est un prestataire de services recruté pour mettre en place le système informatique et technique de ce projet; que c’est elle qui va concentrer l’essentiel de l’exploitation et de l’investissement ; que la procédure a été inversée. En fait, c’est la loi sur la CSU qui devait être au préalable adoptée avant la mise en place de la structure de gestion. La sélection du prestataire technique devait par la suite suivre. D’après certaines indiscrétions, elle le sera pendant la session budgétaire du mois de novembre 2020 et va-t’en préciser l’organisation administrative.

C’est elle qui va concentrer l’essentiel de l’exploitation et de l’investissement. Ce qui aiguiserait les appétits financiers des uns et des autres. En effet, la CSU initialement prévue pour être mis en place depuis 2018 avait été budgétisé à 1300 milliards de Fcfa, pour un paquet de soins et services comprenant 185 interventions et 101 sous-interventions. D’après certaines indiscrétions, le ministère des Finances s’est engagé à mobiliser 100 milliards de Fcfa pour l’exercice 2021 au bénéfice de ce projet.

Ombres et « lumière »

En tout cas, le moins que l’on puisse donc dire, c’est que ce choix de l’entreprise Sucam SA et ses partenaires a surpris plus d’un. Ce d’autant plus le 16 juin 2020, le Premier ministre Joseph Dion Ngute rendait public un communiqué dans lequel il annonçait que c’est New Tech Management Cameroon (Ntmc SA) devenue New Tech Management malta en deux mois, une entreprise coréenne qui va désormais s’occuper de l’implémentation de ce projet en terres camerounaises et que Minsanté avait alors jusqu’au 26 juin dernier pour transmettre à cette entreprise adjudicataire une lettre de notification officielle indiquant les modalités pratiques relatives à la négociation des termes de contrat.

A ce moment là, cette entreprise n’avait déjà pas de compte sur les réseaux sociaux, pas de site web, ni de page de présentation et d’organisation de l’entreprise. Pas de site web, encore moins les informations sur ses dirigeants. Même au sein du Groupe technique national chargé de la mise en œuvre de la CSU, c’était la surprise générale. Des sources concordantes au sein de ce groupe de travail ont confié n’avoir été associé à cette décision et avoir découvert l’information dans la presse.

Ce d’autant plus qu’aucun appel d’offre n’avait au préalable été lancé et donc, aucun dossier n’avait été étudié. Contacté pour en savoir davantage, autant la direction de NTMC SA d’alors que la Direction de la promotion de la santé (DPS) n’avait voulu donner suite à nos nombreuses demandes d’informations. Après insistance, la Directrice avait fini par lâcher qu’en raison de la tenue du comité de négociation du contrat et d’importants travaux de préalables, il lui était difficile de se prononcer sur le dossier.

Échec en perspective ?

Au regard de tous ces micmacs et d’une procédure « visiblement bâclée », il n’en fallait pas plus au Dr Albert Ze pour prédire d’ores et déjà un échec à ce projet. Pour lui, « Le Cameroun n’est pas prêt ». Il y voit « Le même schéma des politiques anciennes politiques de santé ». Et ce dernier de poursuivre: « Projet inadapté et mal implémenté d’avance ». Ce d’autant plus que c’est un projet « sans préalables dans un système de santé défaillant ». Néanmoins, un brin d’optimisme pointe à l’horizon chez certains.

« Ce qui compte c’est l’amélioration de la santé des camerounais. Le fait de commencer peut avoir un impact sur le système de santé. Surtout que les problèmes de santé les plus fréquents des camerounais sont fréquents. Ce ne sera pas parfait au début mais il faut bien commencer quelque part. Je comprends les appréhensions sur la gouvernance mais il s’agit là d’un problème systémique et pas spécifique au dossier CSU », a réagit une source proche du dossier.

Encadré

Le défis de la Communication

Face aux nombreuses questions que se pose l’opinion publique nationale (notamment sur la rapidité et l’opportunité du processus, le flou autour de la procédure, l’assiette de cotisations pour chaque citoyen, ce qu’implique cette gestion et les préfinancements par des privés étrangers, etc) et l’avalanche de critiques née à la suite de cette signature de contrat de PPP, le Minsanté annonce des actions de communication dans les jours à venir. « Les camerounais devraient pouvoir être mobilisés. Nous avons reçu les instructions du Premier Ministre de pouvoir porter l’information aux camerounais ; de pouvoir communiquer sur ce contrat pour qu’on sache exactement de quoi il s’agit. Qu’est ce que le Camerounais est en droit d’attendre en termes de participation ? parce que vous savez très bien qu’il y aura des cotisations, des adhésions, une contre partie des soins qui seront pris en charge par la CSU », a-t-indiqué.

La Couverture Santé Universelle signifie d’une part rendre disponible des soins de santé de qualité sur toute l’étendue du territoire national et d’autre part, organiser le financement de la demande de soins ou la protection sociale en santé afin que chaque individu puisse accéder aux soins de santé en cas de besoin, sans être confronté à des difficultés financières ou basculer dans la pauvreté en raison du coût des soins. C’est un projet d’envergure voulu par le Président de la République.

D’ailleurs, dans son discours à la nation le 31 décembre, Paul Biya avait été clair : « Nous allons poursuivre nos efforts, afin de faire bénéficier à nos populations des soins de santé de qualité et accessibles à tous. C’est dans cette optique que j’ai donné au Gouvernement l’instruction de parachever les réflexions relatives à la mise en place progressive de la Couverture Santé Universelle».

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