Dr Vandi Deli, le nouveau DG: "Un défi énorme, une lourde responsabilité confiée par le Président de la République"

En conflit ouvert depuis plusieurs mois, le ministre de la Santé publique a fini par le faire remplacer à la tête de cette structure, par le Dr Vandi Deli.

Ce n’était plus un secret pour personne. Surtout pas au sein de la Centrale nationale d’approvisionnements en médicaments et consommables essentiels (Cename). Manaouda Malachie, le ministre de la Santé publique et le Dr Vaillam, DG de la Cename étaient en conflit ouvert depuis plusieurs mois déjà. Son autorité tutélaire lui reprochait entre autres, une mauvaise gestion de la structure, des réformes foireuses parmi lesquels des recrutements hasardeux, la construction d’une chambre froide à deux compartiments, l’investissement dans la construction des magasins de stockage pour augmenter la capacité de stockage.

La crise sanitaire liée au coronavirus est venue en rajouter à une situation déjà tendue et un climat délétère entre ces deux ressortissants du Grand-Nord. A la Cename, les proches collaborateurs du DG ne cachaient pas leur courroux face au Minsanté qu’ils accusaient d’avoir mis à l’écart de la gestion de cette crise sanitaire, au profit de l’entreprise coréenne Medline Medical à qui ce dernier a transféré les missions dévolues à la Cename. Des indiscrétions au sein de l’entourage du Minsanté prédisaient d’ailleurs une fin de règne « imminente » du DG à la tête de cette structure, après 5 ans seulement.

Laquelle a en effet été décidé le 11 septembre dernier, à la faveur d’un décret du président de la République Paul Biya. Celui-ci nomme le Dr Vandi Deli, originaire de Mogodé dans le Mayo-Tanagra, région de l’Extrême-Nord, nouveau directeur de la Cename. La passation de service technique a eu lieu le 14 septembre dernier. Le docteur en pharmacie issu de la Faculté de médecine et de Pharmacie de Rabat au Maroc était jusqu’avant cette nomination, directeur de de la Pharmacie, du médicament et des laboratoires (Dpml) au Minsanté. Poste qu’il a occupé du 13 mai 2019 au 11 septembre 2020. Soit 16 mois seulement. « Cette nomination est davantage un parachutage. C’est un cadre de la Cename qui devrait être promu en interne », croit savoir un cadre au Minsanté.

Grand corps malade

En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ex Dpml, direction stratégique de l’administration centrale, connait une ascension fulgurante.  Néanmoins, à l’analyse, ce fils du septentrion âgé de 40 ans hérite d’une structure « au bord du gouffre » tel que qualifié en mars dernier par les membres du Gicam et qui a besoin de réformes urgentes. En réalité, c’est une structure étatique qui fait face à des problèmes tant financiers qu’infrastructurels et techniques, en passant par ceux d’approvisionnements et de gestions des stocks de médicaments.

« Visiblement, l’Etat n’a pas pour objectif d’avoir une Cename forte sinon elle ne la fragiliserait pas autant. Elle ne lui confie plus certaines missions qui lui sont pourtant dévolues », analyse un médecin de santé publique. Plus grave, « L’indépendance qu’on a donné aux Fonds régionaux de promotion pour la santé de pouvoir acheter le médicament ailleurs qu’à la Cename l’a tué », regrette ce dernier.

En outre, cette structure étatique peine à recouvrer ses créances auprès de ses créanciers (dont l’Etat, les hôpitaux et programmes par exemple) et par conséquent, est en proie aux permanentes ruptures de stocks de médicaments. Dans une interview accordée au journal Echo Santé en février dernier, l’ex-directeur révélait que cette structure cumule plus de 10 milliards de Fcfa de dette. « L’Etat nous doit plus de quatre milliards de Fcfa dans le cadre des fonds de contreparties des financements du Fonds mondial. Il y a également des dettes anciennes de plus de deux milliards. Au final, il n’y a que des dettes et c’est cela qui tue les structures publiques», avait-il fait savoir.

Défis du nouveau DG

Et le Dr Vaillam de poursuivre : « On ne sait pas comment recouvrer même par la force. Notre travail c’est de faire la plaidoirie, c’est de signer les conventions de remboursement avec certains, il y a ceux qui respectent et d’autres ne le font pas. Par exemple sur les 10 Fonds régionaux, il y’a 5 qui sont corrects et les cinq autres ne le sont pas », avait-il regretté. Le renforcement de cette structure phare dont l’une des missions est la mise en œuvre de la politique pharmaceutique nationale en matière d’approvisionnement en médicaments et dispositifs médicaux essentiels est l’un des challenges du nouveau directeur. Il reconnait d’ailleurs que c’est «un défi énorme, une lourde responsabilité confiée par le président de la République ».

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