Eléanor Claire, 16 ans, bénéficiaire du projet. Jeune maman depuis 10 mois.

Quelques-unes des 9317 jeunes filles ayant reçues les deux doses de vaccin contre le cancer du col de l’utérus dans le District de santé d’Edéa entre 2014 et 2015, au cours de la phase pilote, ont accepté de livrer les contours et dessous de l’opération et le processus ayant conduit à les immuniser contre cette maladie.

Village Ongue dans l’arrondissement d’Edea 1er, à une quarantaine de kilomètres de la ville. En ce lieu, se trouve Eléanor Claire Bissoye. Elle a été bénéficiaire comme 9317 autres jeunes filles de 9 à 13 ans de cette ville, de la phase pilote d’introduction du vaccin contre le cancer du col de l’utérus organisée entre 2014 et 2015 par le Programme Elargi de vaccination (PEV). A 16 ans, la jeune fille à peine sortie de l’adolescence connait d’ores et déjà les joies de la maternité depuis le 17 novembre 2019. Celle que nous rencontrons par cette après-midi pluvieuse du mois de septembre 2020 est accompagnée de sa famille et d’une infirmière du Centre de Santé intégré de Dehane. Elle souvient encore 6 ans après, du processus auquel elle a participé et qui pour elle, l’a immunisé contre le 2e cancer le plus fréquent chez la femme au Cameroun après celui du sein. C’était le 30 octobre 2014.

Après l’autorisation parentale, Eléonor comme d’autres cibles parmi ses camarades, déclare s’être soumise à cette opération. « J’avais été vaccinée sur le bras gauche. Après une légère douleur, je ne me souviens pas avoir ressenti des effets secondaires liés à ce vaccin. Ni avoir connue des antécédents médicaux d’ordre général ou spécifique », a confié la jeune fille que son bébé de 10 mois ne quitte pas des bras. Elle en veut pour preuve, sa récente maternité, battant ainsi en brèche la thèse selon laquelle ce vaccin rendrait stérile. Ceci, après ses deux doses de vaccins reçues à une intervalle de six mois. Sa frêle silhouette contraste avec sa forte personnalité. « Si j’avais eu des antécédents médicaux spécifiques je ne l’aurais caché à personne. Et surtout pas aux médias», assure-t-elle face aux Hommes des médias.

Autre lieu, quartier Mbaida dans le centre-ville d’Edea. Précisément au blog appelé « Club 2 Zéro ». Comme Eléanor, Cécile Mbei qu’accompagne son père a consenti à se soumettre librement à nos questions, à la suite du vaccin qu’elle a reçu en 2015. « Il n’y a rien eu de spécial. Ça s’est passé comme une injection normale », indique-t-elle. Et la jeune fille de 16 ans élève en classe de Tle au Lycée Bilingue d’Edea de préciser n’avoir « pas noté d’effets secondaires. On avait juste un peu peur au début mais tout s’est bien passé. 5 ans plus tard je n’ai pas de problème particulier de santé à signaler ». A en croire son père Jacques François Mbei, « Elle se plaignait juste des douleurs de suite de vaccination à l’épaule ».

Cécile Mbey: « Ça s’est passé comme une injection normale ».

Difficile sensibilisation

Sa majesté Salomon Biyember Matig de la chefferie Mboua dans l’arrondissement d’Edea 1er est un autre acteur ayant pris part à ce projet. « Le chef traditionnel évolue dans la rectitude morale et spirituelle. Ce que je dis, je l’ai vécu », assène le chef de 3e degré, d’entrée de jeu. D’après lui, les premières sensibilisations n’ont pas été suffisantes. « Et les gens à cette époque n’étaient pas négativement influencés par le vaccin comme c’est le cas en ce moment. Il y a eu des réticentes auprès de la population mais nous avons su les rassurer. Depuis lors à notre souvenance, il n’y a pas eu de plaintes faisant état de ce que des enfants ont eu des problèmes après ce vaccin », fait savoir le chef traditionnel.

Assurances gouvernementales

Le gouvernement camerounais prévoit d’introduire gratuitement dès le 12 octobre 2020 via le PEV, le Gardasil. C’est le vaccin contre le cancer du col de l’utérus et les autres infections génitales liées au virus du papillome humain (VPH). Environ 400 000 jeunes filles de 9 à 13 ans en sont la cible. Mais depuis l’annonce de cette introduction, des rumeurs et doutes concernant l’innocuité et la fiabilité de ce vaccin, la crainte qu’il puisse entraîner l’infertilité chez les jeunes filles, fait d’ores et déjà planer une menace sur le succès de cette campagne. D’ailleurs, de nombreux parents ont d’ores et déjà pris la résolution de ne pas y soumettre leurs enfants. « La rumeur naît lorsqu’il y a une carence d’informations », soutient Adalbert Tchetchia, Chef de l’Unité Plaidoyer et Partenariat au GTC-PEV.

Voilà pourquoi « L’Etat veut rassurer la population sur le vaccin contre le cancer du col de l’utérus», précise le Chef de l’Unité Plaidoyer et Partenariat au GTC-PEV. C’est ce qui justifie le voyage de presse organisé du 4 au 6 septembre dans la région du Littoral par ce Programme, à l’attention des médias. Il était question d’aller à la rencontre de ces jeunes filles vaccinées en 2014 et 2015 dans le cadre de l’introduction du vaccin contre le cancer du col de l’utérus, de leurs parents et des acteurs ayant pris part à ce processus. Le but était de « collecter l’information pertinente qui va permettre de rassurer les populations », poursuit Adalbert Tchetchia.

SM Biyember Matig: « Ce que je vous dit, je l’ai vécu »

14365 jeunes filles protégées à Edea et Foumban

Ce dernier reconnait néanmoins que le nombre de personnes rencontrées dans le cadre de ces échanges est insuffisant pour convaincre du bine fond », de la fiabilité et de l’efficacité de ce vaccin auprès de l’opinion publique nationale. «Nous sommes dans une logique de persuasion par la qualité des témoignages et non le grand nombre. Pour le reste, une étude quantitative pourrait être envisagée », argue-t-il. En rappel, cette phase pilote mise en œuvre dans les Districts de Santé d’Edéa et de Foumban pour observer le comportement de la population face à ce vaccin a permis de vacciner 14365 jeunes filles âgées de 9 à 13 ans, pour une couverture post campagne de 69% pour les deux doses.  Elle n’a révélé aucun effet secondaire prouvé jusqu’à présent. D’ailleurs, ce vaccin existe en pharmacie et il est prescrit par certains gynécologues. « Il n’y a pas de santé pour tous sans vaccins pour tous », tranche donc l’OMS.

 

Encadré

Inquiétant taux de prévalence

Au Cameroun, le cancer du col de l’utérus est le deuxième cancer féminin le plus fréquent. Il représente un taux de 14,9%, avec un nombre annuel de nouveaux cas et de décès respectivement de 2356 et de 1356. Une étude réalisée en communauté a estimé la prévalence des VPH à 39% parmi les femmes. Cette prévalence place le Cameroun parmi les pays présentant les prévalences les plus élevées du VPH dans le monde.

Voilà pourquoi, l’Organisation mondiale de la Santé qui rappelle que le cancer du col utérin est l’une des plus grandes menaces pour la santé des femmes, soutient la vaccination. Dans un communiqué de presse de deux pages rendu public le 28 octobre 2019, l’organisation onusienne réitéré que « la vaccination contre le VPH constitue une stratégie efficace de prévention et de contrôle du cancer du col de l’utérus ». A noter qu’il existe deux moyens efficaces pour le prévenir : le dépistage précoce (frottis) et la vaccination contre le HPV pour la prévention primaire avant le premier rapport sexuel.

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