Cameroun. Un rapport du Minsanté, de l’OMS et de l’Onsp jette un regard critique sur la situation sanitaire du pays, soutenu par des chiffres-clés pour l’étayer.

65 décès (contre 50 en 2016), pour 13 512 accouchements. Voilà ce que révèle le ratio de la mortalité maternelle hospitalière (pour 100 000 accouchements), dans la région de l’Extrême-Nord en 2017.  Dans ce volet, l’Adamaoua s’en sort avec 25 décès hospitaliers (contre 22 en 2016), pour 16 140 accouchements (et 16 455), tandis que le Nord enregistre 51 décès (contre 35 seulement en 2016) sur 27 558 accouchements (et 18 550 en 2016). Seulement, « les données de cet indicateur sont considérées comme sous rapportées car plusieurs régions et districts sont restés silencieux et ne permettent pas d‘avoir la situation réelle sur le terrain », nuance le « Rapport de suivi des 100 indicateurs clés de santé au Cameroun en 2017 ». Ce document de 68 pages publié en décembre 2018 par le ministère de la Santé publique (Minsanté), jette un regard critique sur la situation sanitaire du pays avec des chiffres-clés pour l’étayer. C’est donc un cadre qui donne une photographie de la performance de système de prise en charge sanitaire et des déterminants y afférents.

A travers quatre grands groupe d’indicateurs comportant des déclinaisons (Indicateurs sur l’état de santé, Indicateurs sur les facteurs à risques, indicateurs sur les couvertures des services, indicateurs du système de santé), il analyse, mais renseigne surtout, sur les valeurs récentes des 100 indicateurs de santé clés touchant aussi bien les problèmes de santé que les déterminants. En réalité, il s’agit d’un document épuré, qui présente l’état de santé des populations (avec une déclinaison par sexe, région et milieu de résidence), où les données analysées sont présentées sous forme de graphiques. Sans oublier de relever des disparités existantes dans certaines régions comme celle sur la densité des lits d’hôpitaux (pour 100 000 habitants) où la région du Littoral caracole en tête avec 72, 90, contre 5,80 lits dans la région du Nord, classée dernière ici.  Il faut tout de même relever que sur les 100 indicateurs, sept n’ont pas pu être renseignés pour absence de données tant au plan national qu’international.

Indicateurs

Le but de ce travail réalisé sur la base des rapports et documents officiels issus de ce secteur, de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de l’Observatoire national de la santé publique (Onsp), est d’améliorer les systèmes sanitaires afin d’accroître la portée des données fiables et précises. En ce qui concerne par exemple l’accès aux services de santé au Cameroun en 2016, du grand groupe « Indicateurs du système de santé », il était de 2,19 établissements pour 10 000 habitants Minsanté, (Carte Sanitaire 2016). Mais seulement, il était de 0,92 établissements pour 10 000 habitants à l’Extrême-Nord, contre 3,71 au Sud.  Toujours dans ce volet, les données de 2017 de l’indicateur de Couverture de la revue des décès maternels montrent que ladite couverture reste encore faible. « En effet, 7 régions sur 10 ont une couverture des décès de moins de 50% et seules trois régions sur 10 ont une couverture des décès de plus de 50% », peut-on y lire. L’autre indicateur de disponibilité des médicaments et des produits essentiels n’est pas actuellement renseigné par le pays. En 2016, la densité du personnel de santé était de 1,90 pour 10000 habitants dans la même période.

Dans le volet « Indicateurs sur l’état de santé », il est question des données quantitatives permettant d’évaluer l’état de santé d’une population. L’on y retrouve par exemple la fécondité, la morbidité la mortalité selon l’âge et le sexe, par cause de décès. L’on peut également y lire que le taux de mortalité néonatale a baissé, passant de 33% en 1991 à 28% en 2014. Mais pour le dépistage du cancer du col de l’utérus, le document regrette le fait que très peu de données nationales sont disponibles pour cet indicateur. « Toutefois, une étude récente (Human PapillomaVirus and Related Diseases In Cameroon, 2017) estime que ce pourcentage à 19,7% chez les femmes âgées de plus de 18 ans. Les « Indicateurs sur les facteurs à risques » occupent aussi une place de choix dans ce rapport. Ici, la prise en charge des maladies renseigne par exemple que le pourcentage des cas confirmés de paludisme qui reçoivent un traitement antipaludique de première intention était en baisse de 38% en 2016 à 28,1% en 2017. Cependant, il est plus bas chez les femmes enceintes qui représentent la population cible, avec 13% en 2017 contre 38,2% chez les enfants de moins de 5 ans.

Analyses

Si ce rapport démontre que le pays a certes avancé sur certains sujets comme le VIH/Sida, il n’en demeure pas moins que des efforts restent à faire. Par exemple, l’incidence (nouveaux cas) des maladies non transmissibles (Hypertension artérielle, cancers, diabètes, accidents de la route, etc.) est en augmentation constante. « Ce qui fait conclure que le pays subit aujourd’hui un double fardeau épidémiologique car au moment où il mène une bataille sur les maladies transmissibles avec l’appui des bailleurs de fonds, il y a aujourd’hui la question des maladies non transmissibles qui est désormais prégnante et préoccupante au rythme des décès que le pays enregistre », analyse un spécialiste de santé publique. Et pour ce dernier, « L’urgence d’une réponse multifactorielle est attendue surtout que les facteurs de risque sont connus et les indicateurs montrent que nous avons de la marge en termes d’efforts à faire pour encourager la pratique de l’exercice physique, la réduction de la quantité de sel consommé, les mesures plus contraignantes sur le tabac et la consommation d’alcool. Il faut noter que bien que la plupart de problèmes touche l’ensemble de la population, certaines régions portent le fardeau le plus important. C’est le cas par exemple des régions septentrionales pour le Paludisme où plus de 57% des décès y sont enregistrés ».

Domaines prioritaires

Selon les spécialistes, le pays doit par exemple renforcer son système de santé. « Aujourd’hui, aller à l’hôpital inquiète. Si le pays est reconnu pour avoir des ressources humaines de santé bien formées, il n’en demeure pas moins vrai que la prise en charge n’est pas optimale car la mise en musique de toutes les composantes n’est pas suffisamment adressée ou bien souffre de l’absence de moyens », soutient l’un d’eux. Par ailleurs, « l’accès aux soins reste totalement inéquitable et prohibitif. C’est l’enjeu majeur. D’où l’importance des travaux sur la couverture santé universelle qui est une nécessité pour le pays non seulement pour la Santé des populations mais pour la Développement et partant l’émergence annoncée ». D’ores et déjà, il avance certaines pistes de solutions. « On pourrait commencer par un problème simple à savoir la prise en charge complète et totale des enfants de moins de 5 ans et des femmes enceintes sur tout l’étendue du territoire. Rien que cette intervention contribuerait à changer beaucoup de choses et partant à renforcer le système de santé », indique notre spécialiste. De plus, « l’implication de la communauté pour les solutions et toutes les discussions est majeure car la prévention doit se repositionner au centre et cela passe par une action multisectorielle. Et enfin, le nerf de la guerre, le pays doit définir et appliquer une véritable stratégie de financement de la santé. Il faut le dire, la Santé a un coût et les départements ministériels en charge de la planification et des Finances doivent l’intégrer et faire de la santé une priorité au même titre que la sécurité et l’éducation. C’est un impératif de développement », conclut ce dernier.

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