Cameroun. Le doctorat en médecine risque de désormais équivaloir à un master

(Lurgentiste.com)– Le Projet de Loi portant Orientation de l’enseignement supérieur au Cameroun fait des vagues dans le Landerneau médical. Et pour cause, le gouvernement veut rétrograder le diplôme de doctorat de médecine au niveau du master. Concrètement, si ce projet de Loi est adopté en l’état, le doctorat en médecine va désormais équivaloir à un master. Ce qui n’est pas au goût d’une bonne frange de professionnels. Notamment, la plateforme des associations des professionnels de santé qui regroupe le Réseau des médecins de Districts (Remedic), Médecins du Cameroun (MedCamer) et l’Ordre national des pharmaciens du Cameroun (ONPC).

Dans une lettre adressée à leurs autres confrères, ils s’insurgent contre l’article 25 alinéa 1, relatif à la classification des diplômes de l’enseignement supérieur. Lequel stipule : « Les diplômes de l’enseignement supérieur sont notamment les suivants : (…) Diplômes du grade de Master : le diplôme de docteur en médecine humaine, vétérinaire, pharmacie, odontostomatologie ». Pour cette Plateforme, ceci a pour finalité de « décrédibiliser les professions concernées ». De plus, au Cameroun, « Cela pourrait sembler dissonant de dire que vous êtes titulaire d’un Doctorat qui en réalité équivaut à un master », déplore la Plateforme. Plus grave, si ce projet de Loi est adopté tel quel, il aura plusieurs conséquences.

Entre autres, le titulaire du doctorat se verrait reclasser au niveau inférieur et donc percevrait une rémunération moindre ; le doctorat obtenu au bout de 7 années d’études à la faculté de médecine ou de science vétérinaire équivaudrait à un master obtenu au bout de 4 ou 5 années dans une faculté de lettres, liste par exemple la Plateforme. « C’est une injustice dont les motivations profondes nous échappe », fulminent ces organisations. Un avis que ne partage pas un député Rdpc. « Rien n’a changé pour eux. Le diplôme de médecine générale obtenu au bout de 7 ans n’est pas un doctorat mais un Master. Pour le salaire, il ne faut pas confondre le titre et le grade. C’est le grade de médecin qui ouvre le droit au salaire », précise ce dernier.

Dévalorisation

Au Cameroun, la formation des médecins se faisait en 14 semestres. « Avec le LMD, le doctorat est passé à 16 semestres. Du coup, au lieu de trouver des solutions, chez nous, on prend des raccourcis », déplore un médecin, directeur d’un hôpital de District. En fait, « Le ministère de l’Enseignement supérieur a donc fait le choix de dévaloriser ces doctorats en les ramenant au niveau d’un diplôme équivalent à 10 semestres au lieu de les revaloriser au niveau d’un diplôme équivalent à 16 semestres », s’indignent ces organisations professionnelles. Pour eux donc, dans l’urgence, il faut rédiger un amendement au projet de loi et le déposer à l’Assemblée Nationale.

A terme, le Remedic, MedCamer et l’ONPC proposent soit de relever les formations concernées à huit ans ; soit de délivrer tous les diplômes intermédiaires requis par le LMD « et ainsi pouvoir délivrer à la fin de 16 semestres comme requis par le LMD, un diplôme de doctorat ». Autre proposition, de ramener la formation des professionnels concernés à cinq années et leur délivrer un diplôme professionnel. « Ou alors leur donner le choix de s’inscrire en cycle doctorat pour une durée de 03 années selon qu’ils souhaiteraient obtenir un diplôme de Doctorat équivalent au LMD ».

Par ailleurs, d’autres proposent que le doctorat en Médecine Humaine et Pharmacie se déroule en trois (03) grandes Phases : le cycle licence en trois ans sanctionné par un diplôme de Licence (Médicale, Pharmaceutique) obtenu après un examen écrit et oral fait à la faculté ; le cycle du Master en deux années et celui de Doctorat sur trois à cinq. « J’aurais aimé que pour s’arrimer au système LMD, qu’on rallonge la formation à 8 ans afin d’avoir un Dr PhD à la fin. Si on ramène à 5 ans, quelle différence il y aura-t-il avec les infirmiers qui, pour beaucoup d’eau ont un Master », s’interroge un jeune chirurgien-dentiste.

Arrimage

Mais du côté du ministère de l’Enseignement supérieur, certains professeurs ne voient pas les choses de cette façon. « Le texte du Minesup est une régularisation et un arrimage à tout ce qui se fait dans le monde, lorsqu’on structure bien le volet enseignement dans la médecine», explique un enseignant d’universités. En réalité, « Les docteurs en médecine sont en fait titulaires de DEA dans l’ancien système. L’équivalent du Master aujourd’hui », poursuit-il. En outre, cette réforme concerne au premier chef, les médecins qui feront carrière dans l’académie. « Le doctorat en médecine n’a jamais été l’équivalent d’un PhD. Ces médecins seront toujours des médecins. C’est ceux qui feront une carrière dans l’académie qui continueront d’ajouter des années en plus pour le PhD », ajoute notre source.

Et celle-ci de poursuivre : « Ce n’est en rien un problème et il faut dire que sur le plan de la qualité, ce système vient davantage renforcer la formation en médecine ». Sauf qu’un doctorant a un autre son de cloche discordant. « Je ne trouve pas logique de reclasser un doctorat en médecine au niveau de Master. Le Minesup doit faire preuve de plus d’ingéniosité à cet effet ». Par conséquent, « Une solution pour moi serait qu’on définisse les choses de telle sorte qu’après la 5e année, l’étudiant en médecine ait le choix soit d’obtenir simplement son diplôme de médecin généraliste (deux ans), soit de mener une recherche plus approfondie et rédiger une thèse dans les canons académiques en vigueur et obtenir un PhD (05 ans). Dans les deux cas, le médecin pourra librement exercer sauf que le 2e lui sera plus apte à faire de la recherche par la suite », propose ce doctorant.

Et à l’attention des médecins, ce dernier soutient que les travaux présentés ne sont pas toujours à la hauteur de ceux des autres doctorants. « Obtenir un doctorat en médecine n’est pas facile certes mais tu ne peux pas après 6 mois de terrain délivrer un truc et espérer être classé au même titre que quelqu’un qui a mené une recherche sur 3 ans. Que les médecins se posent quelques questions sur les travaux qu’ils rendent en fin de formation et si c’est équivalent à ceux qui sont demandés dans d’autres établissement », dit-il.

Dans tous les cas, « C’est un débat qui a toute sa place et les médecins ne doivent pas permettre certaines choses », soutient notre médecin directeur d’un HD. Selon lui, « C’est notre contenu et notre méthode de formation qu’il faut revoir et non prendre son stylo pour dire que 7 égal à 5 comme avec le 32 égal à 500 ». Pour rappel, ce projet de Loi Portant Orientation de l’enseignement supérieur au Cameroun vise à réorganiser l’enseignement supérieur et les diplômes délivrés par les différentes facultés et écoles. Il sera défendu à l’Assemblée nationale par Jacques Fame Ndongo, le ministre de l’Enseignement Supérieur.

Olive Atangana

Journaliste diplômée de l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de communication (Esstic) au Cameroun. Passionnée et spécialisée des questions de santé publique et épidémiologie. Ambassadrice de la lutte contre le paludisme au Cameroun, pour le compte des médias. Etudiante en master professionnel, sur la Communication en Santé et environnement. Membre de plusieurs associations de Santé et Politique, dont la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ) et le Club des journalistes politiques du Cameroun (Club Po). Très active sur mes comptes Tweeter et Facebook.

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