Une femmes enceinte en CPN

Le taux a drastiquement baissé selon qu’on soit en zone urbaine ou rurale et que l’on ait enregistré des cas du virus mortel ou pas.

Hôpital Central de Yaoundé la capitale politique du Cameroun le 5 octobre 2020. Il est un peu plus de 10h et nous sommes au service Maternité de cette formation sanitaire (Fosa) publique de 2ere catégorie. Derrière les grilles d’une salle d’attente, l’on peut aisément apercevoir deux infirmières qui s’affairent à enregistrer les femmes venues en consultations prénatales (CPN). Lesdites CPN vont bon train mais l’affluence habituelle n’est pas au rendez-vous. D’ailleurs, seulement une trentaine de femmes sont présentes et attendent leur tour de consultations.

C’est que, à en croire le Pr Eugène Sobngwi, Directeur Médical de cette Fosa publique, la crise sanitaire mondiale au nouveau Covid-19 a eu un impact sur les CPN et les a fait baisser. Elles sont par exemple passées de 468 en Janvier 2020, à 222 en Juin. Bien plus, entre les mois de Février, Mars (début de la pandémie au Cameroun), Avril et Mai (période d’atteinte du pic d’après les épidémiologistes consultés) cette baisse était perceptible et considérable. Soit respectivement de 309, 300, 241 et 192.

Autre lieu, situation similaire. L’hôpital de District (HD) de Tignère dans la région l’Adamaoua au Septentrion du pays, a aussi été victime de cet impact dans ses CPN. D’après les chiffres communiqués par le Dr Conrad Nkodo Ottou, le Directeur de cette Fosa publique, les CPN étaient de 21 en Janvier, 20 en Février, 15 en Mars, 16 en Avril, 13 en Mai et Juin, 6 en Juillet et 9 en Aout.

Même son de cloche à l’HD d’Obala. Ici, le Directeur reconnaît aussi que « les CPN ont baissé mais nous n’avons pas les chiffres exact ».  A l’hôpital régional de Garoua au Nord, dans la partie septentrionale du pays, elles ont évolué en dent de scie. Ainsi, au mois de Janvier ce sont 45 CPN qui ont été enregistrées, contre 44 en février 44, pour connaître une légère augmentation en mars (57) et avril (61), une relative baisse en Mai (50) et une courbe ascendante dès Juin (54), Juillet (57), Aout (61) et Septembre (66).

Psychose et restrictions

En fait, « La grossesse qui est une période singulière, normalement heureuse pour les futures mères, est actuellement troublée par la peur, l’anxiété et l’incertitude », s’est inquiété le Dr Georges Alain Etoundi Mballa, directeur de la lutte contre les Maladies, les Epidémies et les Pandémies au ministère de la Santé publique (Minsanté). En effet, le constat fait état de ce que ces six derniers mois rythmés par cette crise sanitaire, ont eu des perturbations sur les soins maternels au Cameroun. Certaines femmes enceintes interrogés ont confié qu’elles n’étaient pas en mesure d’atteindre les centres de santé en raison des services transport public réduits et des restrictions gouvernementales sur les déplacements. D’autres avaient simplement peur d’attraper le virus responsable du Covid-19. « Il a fallu que je sois malade du paludisme pour consentir à me rendre à l’hôpital. J’avais tellement peur d’être infectée. Je n’ai pas pu honorer certains de mes rendez-vous», avoue Flore, employée de bureau.

Le Comité scientifique mis sur pied dans le cadre de la lutte contre le coronavirus au Cameroun et présidé par Manaouda Malachie, le ministre de la Santé publique (Minsanté) a d’ailleurs constaté que la pandémie due au Covid-19 affecte dangereusement la santé de la mère et de l’enfant. Pour cela, des dispositions ont été prises par le Minsanté dans les formations sanitaires à l’attention des femmes enceintes. Il s’agit entre du respect des mesures barrières par le personnel de santé pour assurer la sécurité de tous les patients en général, de la mère et de l’enfant, en particulier ; du suivi médical par plusieurs personnels de santé ; du respect des consultations prénatales ; de la prise en charge dans des chambres individuelles, etc.

Solutions innovantes ?

Au Cameroun, un intérêt particulier est accordé à la prise en charge des femmes enceintes et de leurs enfants. De ce fait, les responsables des Fosa et autorités sanitaires essaient des solutions en dehors de celles habituelles, pour assurer une continuité du service et fournir des soins pendant la pandémie. Pour le Dr Georges Etoundi Mballa, cet accompagnement spécifique doit se faire pour la femme enceinte durant la grossesse, pendant et après l’accouchement. Ce membre du comité scientifique a préconisé le respect des règles barrières et l’application des mesures édictées par le gouvernement le 17 mars 2020 et qui ont connu des assouplissements le 30 avril 2020.

La sensibilisation est aussi de mise dans les Fosa, selon les responsables. Par ailleurs, les autorités sanitaires ont assuré que la sécurité était revenue dans les hôpitaux et ont une fois de plus encouragé les femmes enceintes à fréquenter à nouveau les hôpitaux, sans risque de contamination. Selon Dr Linda Esso, sous-directeur de la lutte contre les épidémies et les maladies au Minsanté, les formations sanitaires mobilisent un personnel soignant ayant pour devoir d’assurer des diagnostics adéquats et précis, ainsi que le suivi méthodique et rigoureux des patients pour une préservation assurée de la santé des populations.

Démarches codifiées et revisitées dans les hôpitaux

Au cours du point de presse quotidien sur la situation épidémiologique du Covid-19 au Cameroun le 8 octobre dernier, ce médecin a insisté sur le fait que les femmes enceintes doivent continuer à respecter les mesures barrières mais aussi et surtout, les rendez-vous dans les services hospitaliers, tant pour les visites prénatales, le suivi de la vaccination ou encore les problèmes de santé des enfants pour lesquels les services de pédiatrie sont compétents. « La santé de la mère, celle qui donne la vie, mérite la plus grande attention et des soins de qualité. Depuis la survenue du Covid-19, les démarches et pratiques dans nos hôpitaux ont été codifiées et revisitées de fond en comble, pour améliorer la prise en charge en limitant au maximum le risque de contamination de la mère au nouveau coronavirus », a-t-elle assuré.

Dans les services de gynécologie par exemple, il est en fait recommandé que les rendez-vous soient espacés afin que les patientes ne se croisent pas dans une cabine de consultation. De même, les portes des pièces de consultations doivent être ouvertes et fermées pour les patientes afin qu’elles ne se trouvent pas obligées de toucher les poignées de porte, surfaces sur lesquelles peut reposer le virus. Bien plus, la salle d’examen doit être désinfectée entre chaque patiente. A en croire les médecins, toutes ces précautions visent à renforcer la sécurité de ces femmes enceintes dont l’état nécessite une surveillance pointue, pour leur santé et celle du bébé à naitre.

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