Les autorités sanitaires camerounaises affirment que bien que « préoccupante », la situation épidémiologique du pays « n’est pas pour autant alarmante ». Sur le terrain, le constat lui, fait état de ce que le Cameroun est à la peine dans son plan de riposte national contre le virus mortel. Ceci est perceptible dans les sept clichés dressé dans ce dossier. Diagnostic sans complaisance de l’envers de cette riposte nationale.

Contaminations et décès. Un grand nombre de chiffres peu fiables

Les chiffres officiels de la situation épidémiologique du Covid-19 sont devenus rares au Cameroun. Le rapport de situation produit par le ministre de la Santé publique ne l’a pas été depuis plus de deux semaines. « Nous rencontrons quelques difficultés avec la base de données. Les statisticiens travaillent dessus. Le Sitrep sera de retour très bientôt », tente de rassurer un épidémiologiste en service au Minsanté. Les derniers chiffres officiels remontent au 18 mars 2021. D’après ceux-ci, le Cameroun compte déjà 42 669 et 721 décès (contre 32 681 cas positifs et 500 morts Au 14 février).

Soit près de 10 000 nouveaux cas (9 988) et 221 décès en en 32 jours. Ce qui fait une moyenne de 2184 nouveaux cas positifs et 48 décès par semaine (Soit 7 décès par jour). Les régions les plus touchées sont le Centre, le Littoral et l’Ouest tandis que des foyers de contaminations sont répertoriés dans le Sud et à l’Est. « On était avant à zéro décès sur plusieurs semaines. Après on a eu 1 ou 2 décès sur plusieurs semaines. Après nous sommes passés à 7. De 7 on est parti à 12 et là, nous sommes à 14 décès par semaine », détaillait alors le ministre de la Santé publique le 12 février 2021. Ce dernier prétend tout de même que la situation épidémiologique est « préoccupante » mais « pas pour autant alarmante ».

Fiabilité douteuse

Dans tous les cas, à l’analyse, ces chiffres sont peu fiables et ne reflètent pas le nombre réel des malades au Cameroun. La pénurie actuelle des tests de diagnostic TDR et PCR le traduisent à suffisance, vue que les personnes présentant les symptômes ne sont pas testées et sont renvoyées dans les communautés.  De plus, le suivi des contacts ne se fait pas de manière optimale. D’après le dernier Sitrep du 3 mars, 2021 cas contacts ont été suivis, pour un cumul des contacts de 63 772. Or, selon de nombreux témoignages, une fois testés positifs et la liste de leurs cas contacts fournie, « Aucun de mes cas contacts n’a été appelé », affirment ceux-ci à l’unanimité.

Autre élément, la faible capacité de testing. Selon le Minsanté, 132 000 tests ont été réalisés la semaine écoulée, contre 82 000 la semaine d’avant. « Le Cameroun n’a pas une grande capacité de dépistage. Nous testons peu », soutient un médecin de santé publique. Officiellement, 16 185 échantillons ont été analysés sur la période du 25 février au 3 mars et 807 ont été positifs. Sauf que, « Les données ne sont pas de bonne qualité. Il y a de nombreuses discordances entre ce qu’il y a sur le terrain et le Cousp », indique un responsable du Centre des urgences de santé publique (Cousp). En d’autres termes, il existe un déphasage entre les données du terrain et celles disponibles dans ce Centre de coordination de la riposte nationale. Aussi, toutes les régions ne notifient pas toujours leurs données de terrain. Ce dernier préconise d’ailleurs d’améliorer la surveillance épidémiologique et le système d’information entre autres.

Entre temps, ces dernières semaines, le virus qui se propage de manière exponentielle au sein de la population a arraché à la vie de nombreuses personnalités publiques, politiques et culturelles. Dans les centres de prise en charge, c’est la saturation. La capacité d’accueil actuelle est « dépassée » ou « en passe de l’être », confirme un médecin. Conséquence, il est difficile de trouver un lit disponible.

De sources médicales, les régions et les formations sanitaires enregistrent un nombre sans cesse croissant de nouveaux cas positifs et de décès.  A titre d’exemple, le Centre de prise en charge d’Orca (l’un les mieux fournis en équipements), annexe de l’hôpital Central de Yaoundé, croule sous le poids des malades. En effet, 1602 patients y ont été reçus du 8 juin 2020 au 18 mars 2021, 1308 patients en sont ressortis et 133 décès ont été enregistrés, d’après le Dr Bonaventure Hollong, médecin-urgentiste et responsable de ce Centre. « Soit environ 20% de décès », fait savoir cet ancien pensionnaire du Centre des urgences de Yaoundé. En d’autres termes, 20% des patients admis dans ce centre sont décédés.  « C’est un nombre de décès beaucoup trop important pour un centre de prise en charge. Mais, il faut voir le profil des personnes décédées. C’est à dire l’âge, les comorbidités, les facteurs de risques en sommes », explique un épidémiologiste à Yaoundé.

Mais selon le Dr Hollong, ces décès ne sont pas tous liés au Covid-19. Quoi qu’il en soit, « Nous sommes saturé à mort. Nous ne nous en sortons plus. Les cas graves s’empilent et les décès s’enchainent », confie une source interne au Centre. De plus, « Nous sommes sous pression », confie un autre médecin en service au sein de ce Centre.  Pour preuve, en ces lieux, seuls 1 médecin et 2 infirmières sont disponibles pour 40 patients. Et par jour, ce sont 6 médecins pour une capacité de 200 lits qui y travaillent.

Selon certaines sources médicales, les capacités d’accueil actuelles sont « saturées ». Selon d’autres, « en voie de l’être ». Au Centre de prise en charge de Yassa à Douala par exemple, « la charge du travail a considérablement augmenté », indique un médecin. En effet, le personnel de santé enregistre 40 patients par jour, confie une source médicale. Et tous des cas graves. Mais pour l’instant, « Plusieurs personnes se soignent encore à domicile. Quand le nombre de morts va atteindre un certain niveau, ce sera plus visible », indique un autre médecin.

 

Tests de diagnostic. Entre rupture de stocks, monnayage et trafic d’influence

Palais des Sports de Yaoundé le 22 mars 2021. Le site abritant les tentes du ministère de la Santé publique est bondé de monde. Il est presque 9h et le personnel en service fait savoir que les tests de diagnostic rapide au Covid-19 sont épuisés. « Je vais essayer de me faire prélever dans un autre site que m’a indiqué mon médecin traitant », confie un usager à un autre. A Douala, samedi 20 mars, l’affluence était perceptible sur le site du Parcours Vitae. Seulement, ceux qui voulaient se faire tester n’ont pas pu le faire pour manque de réactifs. Une situation qui a poussé certains à manifester au Parcours Vita de Douala le 20 mars dernier.

C’est que, le constat fait état de ce que passer un test de diagnostic au Covid-19 relève de la croix et de la bannière depuis quelques jours au Cameroun. Que ce soit un TDR (Test de diagnostic rapide) ou un PCR (Polymerase Chain Reaction ou reaction en chaine par polymérase), c’est la même rengaine : « Je veux faire un test depuis deux jours au moins mais ce n’est pas possible. On nous dit, pas de réactifs dans toute la ville de Yaoundé», confirme un autre usager. En effet, « Mon médecin m’informe qu’il y a rupture générale des tests dans tous les centres. Selon lui, il est peu probable qu’on réapprovisionne dans l’immédiat», confie Alain. Selon Claire T., « Des proches ont essayé de faire de faire un TDR il y a quelques jours. On leur a répondu que les réactifs étaient terminés. Ils ont dû payer dans un laboratoire pour cela ».

A l’hôpital Central de Yaoundé, le pavillon abritant les patients est un curieux fourre-tout des personnes testées positives en observation, des anciens malades venus passer un test de suivi de fin du traitement tel que le recommande la procédure et de ceux voulant récupérer les résultats ou passer un test. De sources médicales, seuls 50 tests sont effectués par jour, sur les 100 tests censés être réalisés. Ce qui fait qu’au-delà de ce nombre, les usagers sont priés de revenir le lendemain. A en croire certains, il faut user de trafic d’influence pour espérer passer un test de dépistage. Tel a été le cas de ce patient, qui après avoir été testé positif au virus mortel et fait 14 jours de confinement à domicile, a voulu refaire un dernier examen tel que le demande la procédure. Après avoir parcouru plusieurs sites, il a eu plus de chance à l’hôpital Central, grâce au trafic d’influence.

100 000 Fcfa pour un test négatif

Certains voyageurs ont été contraints de monnayer pour avoir des résultats de test, surtout négatif. L’un d’eux relate que pour son voyage retour en France, il a passé son test en bonne et due forme au palais des Sports de Yaoundé où il fallait être à 5h du matin pour espérer se faire dépister. Mais seulement, le numéro fourni sur site pour récupérer ses résultats ne répondait pas après plusieurs tentatives. « Nous avons fait part de notre désarroi à un ami qui est arrivé plus tard avec un homme disant pouvoir nous fournir des tests d’ici une heure ou deux. Il nous a fait voir un pseudo test PCR délivré sous l’égide d’un ministère autre que celui de la Santé et nous a proposé de payer pour l’obtenir », témoigne-t-il.  Selon ce dernier, il fallait alors débourser 100 000Fcfa pour un test négatif. Après négociation, le fournisseur a consenti à prendre 80 000 Fcfa pour deux tests. D’autres voyageurs ont dû débourser 100 000F pour avoir un test négatif.

En fait, « Il y a pénurie de TDR. Pour le PCR, c’est un stock limité», confirme un médecin impliqué dans la riposte nationale en service à Yaoundé. D’après lui, « La demande augmente sans cesse ».  Ce qui fait « Qu’à 10h parfois, il y en a plus. Donc il faut venir tôt », préconise un autre médecin sur le site de dépistage du palais des Sports de Yaoundé. En fait, « Le laboratoire nous livre un nombre de tests par jour. Hier (jeudi 18 mars : Ndlr) c’était 300, aujourd’hui un peu moins. Il y a une forte demande des tests de dépistage », explique un autre médecin sur le site du Palais des Sports.

En réalité, il y a une tension de stock au Cameroun. De sources crédibles, le pays peine à s’acheter des tests en quantité importante. Et comme le rythme des infections s’est emballé depuis le début d’année, le pays a du mal à satisfaire la demande sans cesse croissante en test de diagnostic. Selon un épidémiologiste, cette pénurie de tests de dépistage aura comme conséquence, une augmentation des contaminations « car si on ne teste pas, on ne saura pas qui est malade ». Par ailleurs, « la fameuse théorie des 3T à savoir traquer, tester et traiter serait donc sans impact pour la riposte. Et pour traiter, il faut tester et pour tester, il faut des tests », précise ce dernier.

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Prise en charge des cas. Le casse-tête permanent

Moyens financiers et matériels. Dotation à géométrie variable dans les Districts de santé

 

 

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