Le taux de couverture vaccinale fait problème.

La poliomyélite est de retour au Cameroun, huit mois après le statut de pays libre de poliovirus sauvage obtenu le 18 juin 2020. Dans un communiqué rendu public le 23 février 2021, les autorités sanitaires annoncent que deux cas de poliovirus dérivé de type 2 (VDPV2) ont été détectés dans des prélèvements environnementaux au District de Santé de la Cité Verte à Yaoundé, région du Centre. « Ce poliovirus n’est pas encore circulant pour l’instant c’est-à-dire que le virus n’a pas encore la capacité de se propager rapidement », clarifie le Dr Edzoa Essomba, Coordonnateur du Groupe Technique régional du Programme Elargi de vaccination pour le Centre (GTR-PEV Centre).

Néanmoins, « Cette situation constitue une urgence de santé publique, considérant que le risque de propagation du virus est élevé », indique Manaouda Malachie, ministre de la Santé publique. En effet, la ville de Yaoundé concentre un important brassage des communautés. Avec ces nouveaux cas détectés dans le DS de Santé de la Cité verte, fief d’un important trafic de populations, les officiels redoutent une propagation du virus non seulement à Yaoundé, mais aussi et surtout sur l’étendue du territoire national. Raison pour laquelle, avec l’objectif de « stopper dans les plus brefs délais la transmission du virus de la poliomyélite dans la ville de Yaoundé et sur toute l’étendue du territoire », les équipes du Minsanté sont d’ores et déjà à pied d’œuvre.

A en croire le Dr Edzoa Essomba, « une analyse des risques polio » est en train d’être menée. Cette « analyse scientifique » consiste en partie à savoir si la population autour du lieu indiqué est suffisamment protégée, pour éviter d’avoir une transmission communautaire du virus. « L’autre aspect de cette analyse des risques polio est le système de surveillance et le taux de couverture vaccinale. Si celle en VPO3 est supérieure à 90% ça veut dire que le risque de circulation du virus est assez limité », explique le Coordonnateur du GTR-PEV Centre.

Ce n’est qu’à l’issu de l’analyse de ces éléments que des recommandations seront prises. Les officiels auront donc le choix de sensibiliser ou renforcer la vaccination de routine. « C’est aussi l’issu de cette analyse que nous dirons quels sont les districts de santé et régions concernés. Ce sont ces réflexions que nous menons et dans les jours à venir, nous allons donner les conclusions de ce qu’il y a lieu de faire », déclare le médecin. Et, « On peut faire une analyse des risques et conclure que la situation ne nécessite pas une campagne de vaccination », précise ce dernier.

Couverture vaccinale en cause

Ce qu’il convient de relever, c’est que ces poliovirus apparaissent dans des zones où l’assainissement et l’hygiène sont insuffisants, mais aussi et surtout, où la couverture vaccinale (CV) est limitée. Dans la région du Centre par exemple, elle est d’environ 84%, selon nos sources.  Sauf que, ce taux de CV se justifie par le fait que certains districts de santé sont plus performants que d’autres. « Certains ont des taux de couverture vaccinale de plus de 90% tandis que d’autres sont très bas dans leur taux de CV », précise un épidémiologiste. Or, tous les DS doivent pouvoir atteindre un taux de 84%. « C’est l’idéal », soutient-il.

Quoi qu’il en soit, « La détection des souches vaccinales humains et environnementaux démontre tout simplement que le PEV mène une surveillance de bonne qualité. C’est à saluer », avance le Dr Daniel Mabongo, épidémiologiste de terrain. C’est que, le PEV dispose d’un système de surveillance des cas et un système de surveillance environnemental à travers lequel un prélèvement se fait chaque semaine. Le but est de détecter s’il y a des cas de poliovirus qui peuvent circuler dans la population.

Certes, les poliovirus sauvages sont éradiqués au Cameroun. Mais, d’autres formes de poliovirus circulant de type 2 dérivé continuent de circuler dans le pays. En réalité, ce sont des poliovirus rares qui peuvent provoquer des paralysies « mais amoindries », précise le Dr Daniel Mabongo. Ces poliovirus circulent dans des zones où des enfants sont peu vaccinés alors que l’immunité des personnes vaccinées par le VPO empêche la transmission dudit virus. En 2020, des cas de ce type de poliovirus ont été déclarés dans des localités des régions du Centre, Sud, Littoral et Est.

Voilà pourquoi une campagne de vaccination a été organisée par le gouvernement en deux tours, dans les régions du Grand-Nord (Adamaoua, Extrême-Nord et Nord), du Centre, du Littoral et de l’Est. Le but était de renforcer l’immunité collective et de maintenir le statut de pays « free polio » obtenu le 18 juin 2020, à l’issue de la réunion de la Commission régionale de certification de l’éradication de la poliomyélite pour l’Afrique (Crca).

En rappel, la poliomyélite qui peut être prévenue par le vaccin, est une maladie infectieuse causée par un virus envahissant le système nerveux et pouvant entrainer des paralysies irréversibles en quelques heures. Elle touche les enfants de moins de 5 ans. Le virus se transmet par l’eau ou les aliments contaminés.

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