D’où la mise sur pied de l’approche « Assainissement total piloté par la communauté (Atpc) ».

Pas de santé sans assainissement du cadre de vie. Les autorités camerounaises et l’Unicef sont formels à ce propos. Surtout au moment où seulement 36% de la population ont accès à un assainissement adéquat et que près de 10% de cette population camerounaise pratiquent la défécation à l’air libre (DAL). « Pour faire nos besoins, nous et nos enfants étions obligés d’aller dans les champs, même quand il pleut. Dans la nuit, le risque est encore plus grand avec les serpents », avoue Madinatou, habitante de Deoulé. Une pratique très répandue donc en milieu rural, mais qui n’est malheureusement pas sans conséquences sur la santé, avec des maladies diarrhéiques chez les enfants de moins de cinq ans, le choléra et le paludisme. « Nous faisons face à beaucoup de maladies qui sont dues à ce problème d’assainissement du milieu. Nous pouvons par exemple parler des maladies diarrhéiques. Beaucoup d’enfants de moins de cinq ans ne vont pas fêter leurs 5è anniversaire à cause de ces maladies diarrhéiques. Nous avons en seconde position, le choléra », regrette le Dr Cheumaga, directeur de la Promotion de la Santé au ministère de la Santé publique.

En effet, l’OMS estime que les maladies diarrhéiques causées par de mauvaises pratiques en matière d’alimentation en eau potable, d’assainissement de base et d’hygiène sont à l’origine de 18 300 décès par an et de 13,4% de morbidité au Cameroun. D’où l’approche « Assainissement total par la communauté (Atpc) » inscrite dans le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (Dsce). Elle se présente comme une solution idéale pour mettre fin à ce fléau, tel qu’inscrit dans ledit Dsce. En réalité, C’est une approche participative qui consiste à faire prendre conscience des méfaits de la défécation à l’air libre par les communautés, à les pousser à construire elles-mêmes leurs latrines pour y mettre fin. « Cette approche a fait ses preuves ailleurs. Le gouvernement, avec l’aide des partenaires, a décidé de l’essayer. On s’est rendu compte qu’à travers les résultats produits, qu’ils semblent porter ses fruits. Elle est différente de toutes les autres approches. Il faut d’abord identifier une communauté, connaitre ses pratiques et quand on constate que la manière de gérer les déchets peut constituer une menace, un danger de contamination, de promotion des maladies, il s’agit de faire comprendre à ces gens que cette chose qui sort de votre ventre, par mesures de prévention, il faut l’éloigner. Et la meilleure façon c’est de creuser un trou, la laisser dans ce trou », explique El Hadj Mamoudou Ousman, directeur de la Gestion des ressources en eau, au ministère de l’Eau et de l’Energie (Minee).

Résultats

A en croire donc les différents départements ministériels impliqués dans cette approche et les populations, l’ATPC a fait ses preuves. « Les gens ne défèquent plus à l’air libre. Les bonnes pratiques ont été adoptées ; Il y a eu changement de comportements », se réjouit Housseuni Issa, maire de Dir. « Les gens ont compris que vous revenez des toilettes et lavez les mains avec de l’eau et du savon à l’aide d’une bouilloire. Même ceux qui vivent en campagne, en pleine brousse ou dans leurs campements à bétail creusent des WC », ajoute à sa suite, Hamassalbe Zatao, Lamido de Dir. Bien plus, des comportements sains en matière d’hygiène et d’assainissement par la population ont été adoptés. « Après la mise en œuvre de l’ATPC dans notre localité, nous avons assisté à un net redressement des maladies diarrhéiques », dit Marie Madeleine Njikakeng, IDE à l’hôpital Tongo Gandima. « Cela a réduit les maladies dans mon école », témoigne Ivette Mbago, directrice de l’école publique de Deoulé.

Sauf que ces sont mitigées, même si aujourd’hui, le gouvernement, ses partenaires et les  ONGs impliqués dans les zones pilotes (Nord, Extrême Nord, Adamaoua, Centre, Est, Ouest, Nord-Ouest), se targuent d’avoir réussi à sensibiliser 220 000 ménages, environ 250 villages. La construction de plus de 180 000 latrines et environ 1 500 000 personnes sensibilisées ne sont pas en reste.  En effet, l’objectif initial de 60% fixé d’ici 2020 dans le Dsce n’est qu’à 15% de réalisation. D’où la nécessité d’une mise à l’échelle nationale, avec une stratégie officielle et le guide méthodologique de l’approche Atpc visant la fin de défécation à l’air libre. Ces documents ont été présentés à Yaoundé le 08 février 2019, au cours d’une cérémonie officielle.

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