Dans une réflexion de 53 pages, l’économiste de la santé le qualifie d’échec et propose des actions pour l’améliorer.

Un système de santé efficace, hautement organisé et bien managé est la clé pour une amélioration de la santé des populations. C’est du moins, ce que soutient le Dr Albert Zé, économiste de la Santé. Or au Cameroun, il demeure fragile et ne répond pas efficacement aux besoins des populations. Pire, il est faiblement organisé (catégorie 4 dans le degré d’organisation, lopin de la catégorie 9) et développé.

La preuve, le pays présente toujours une inadéquation flagrante entre l’offre de soins et la qualité desdits soins. Il en est de même pour la carte sanitaire qui continue d’étaler de fortes disparités entre les régions et les localités du pays. En effet, au Cameroun, il n’est pas rare de voir des localités enregistrant plusieurs centres de santé sur moins de 10 kilomètres, et d’autres localités n’ayant aucun centre sur 30 kilomètres.

Autre pathologie dont souffre le système de santé du Cameroun, sa classification qui du moins, « reste très ambiguë ». En fait, bien que présentant les caractéristiques d’un système centralisé, il s’inscrit plutôt dans un régime décentralisé.  Ce qui fait qu’il est tout à la fois centralisé et décentralisé. Des difficultés à mobiliser des fonds suffisants pour la santé ne sont reste. Raison pour laquelle la contribution des ménages reste très importante dans le financement de la santé (Les dépenses de santé des ménages représentent 70%).

Améliorer la santé des camerounais

Ce diagnostic sans complaisance est dressé dans le dernier ouvrage du chercheur intitulé : « Stratégie de mise à niveau du système de santé camerounais. Révision des configurations institutionnelles ». Au regard dudit diagnostic, la prescription médicale du Dr Albert Ze pour sauver le système de santé camerounais déjà à l’agonie, d’une mort certaine tient sur 53 pages. Mais, il faut aller de la page 35 à 46 pour lire laquelle.

Une question centrale, trois objectifs stratégiques et une trentaine d’actions recommandées meulent donc sa réflexion. Tout d’abord et naturellement, dans le 1er objectif stratégique, le promoteur de l’Institut de recherche pour la santé et le développement (Iresade) plaide pour une amélioration de la santé des camerounais. Ce qui passe par une réorganisation du système de santé et la production des soins de proximité.

Il recommande donc de définir le type de système de santé, de mettre en place des politiques de réforme permettant d’associer la médecine moderne à celle traditionnelle, de créer des unités de santé dans les carrefours en zone urbaines, d’améliorer la densité médicale, la qualité de la carte sanitaire et renforcer le système de référence et contre référence.

Le Dr Albert Ze n’est pas en outre resté indifférent à la vente du médicament de la rue. Selon lui, dans la mesure où les différentes stratégies utilisées pour combattre cette gangrène ne produisent pas les résultats escomptés, il faut favoriser l’installation des pharmacies dans toutes les zones du pays, de veiller à la stabilisation des prix des médicaments et de lutter contre l’automédication.

Humaniser les soins

La dignité du patient est plus que jamais sujet à caution tant elle reste difficile à respecter dans les hôpitaux camerounais. En témoigne, les nombreux couacs relevés dans la prise en charge de ces patients au moment où le Cameroun est secoué par la crise sanitaire mondiale qu’est la pandémie au nouveau Coronavirus. La survenue de ce virus mortel en terres camerounaises est venue remettre au gout du jour, ce volet assez complexe de la notion d’humanisation des soins. Laquelle relève du 2è objectif d’un système de santé.

Pourtant, le système de santé dont le patient devient la propriété se doit de le protéger. « Ce qui n’est généralement pas le cas », regrette Albert Ze.  Voilà pourquoi dans cette réflexion subdivisée en quatre parties, il préconise d’humaniser les soins. Ce dernier recommande ainsi entre autres, de mettre le patient au centre des service de santé, élaborer une charte d’accueil et l’organisation matérielle de l’accueil.

L’exécution du budget de la santé a également fait l’objet d’une analyse et des recommandations dans le 3e objectif stratégique (protéger financièrement les patients). Ce sont par exemple, renforcer les capacités sur les méthodes de préparation du budget, améliorer la gestion des recettes hospitalières et améliorer le circuit d’exécution du budget alloué à la santé.

 

Bonnes feuilles

(…) La grande partie des politiques de santé implémentées au Cameroun sont l’émanation et l’impulsion d’une réflexion extérieure. (…) Cette situation aboutie habituellement à des politiques de santé mal élaborées et répondant très peu ou pas aux aspirations socioéconomiques du pays. Faut-il le rappeler, une politique inadaptée à l’environnement socioéconomique dans lequel elle sera implémentée est déjà un échec (…) Une amélioration de la santé des populations ne peut provenir que d’une amélioration de l’offre des soins de santé de qualité. Si l’offre n’existe pas, la demande, même si elle existe, ne pourra pas être satisfaite. Ce qui démontre donc toute l’importance à concevoir un système de production de soins de qualité optimal pouvant réguler ls conditions d’équilibre du marché de la santé. P. 23

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