Alerte. Un sirop contaminé vendu au Cameroun

(Lurgentiste.com)- Le sirop NATURCOLD contient des niveaux « extrêmement » élevés d’un ingrédient toxique. Il s’agit du diéthylèneglycol, dont la toxicité se manifeste par des douleurs abdominales, des vomissements, une diarrhée, une oligurie ou une anurie, des céphalées, un état confusionnel et des lésions rénales aiguës pouvant entraîner le décès. Il peut être mortel, alerte l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) de qui est cette conclusion sur la dangerosité du produit incriminé, rendue publique ce 19 juillet.

Officiellement, les principes actifs déclarés du Sirop en question sont le paracétamol, chlorhydrate de phényléphrine et le maléate de chlorphéniramine. « L’association de ces trois ingrédients sert à soulager les symptômes associés au rhume, à la grippe et à la rhinite allergique », fait savoir l’OMS. Sauf que, des échantillons de ce Sirop pour enfants ont été mis à la disposition de l’OMS le 27 juin 2023. Ils provenaient du Cameroun et ont été analysés dans un laboratoire préqualifié par cette organisation onusienne. « L’analyse a révélé que le produit était contaminé par des quantités inacceptables de diéthylèneglycol », s’indigne l’OMS.

En effet, il a été détecté jusqu’à 28,6 % de diéthylèneglycol dans des échantillons analysés. Pourtant, « La limite acceptable pour le diéthylèneglycol ne peut dépasser 0,10 % », précise le communiqué. Bien plus. Le fabricant déclaré du produit que l’on peut lire sur l’emballage serait « FRAKEN INTERNATIONAL », basé en Angleterre. Seulement, « L’autorité nationale de réglementation du Royaume-Uni, la MHRA, a confirmé qu’aucune société répondant à cette appellation n’existe au Royaume-Uni », fait savoir l’OMS.

Et d’indiquer que des enquêtes sont toujours en cours pour déterminer l’origine du produit. « En conséquence, le fabricant mentionné n’a pas fourni de garanties à l’OMS quant à la sécurité et à la qualité de ces produits ». A noter que depuis avril dernier, ce produit a déjà tué plus de six enfants.

Surveillance et vigilance défaillante ?

Au sein de l’Ordre national des pharmaciens du Cameroun (ONPC), le Président, Dr Franck Nana, affirme que « Ce n’est pas un produit autorisé au Cameroun ». C’est que, ce produit ne détient « ni Autorisation de mise sur le marché et encore moins une autorisation spéciale d’importation », a précisé Manaouda Malachie, le ministre de la Santé publique. Donc,  « Nous avons fait des descentes sur le terrain. Les formations sanitaires qui vendent ce produit n’ont pas pour la quasi-totalité des pharmaciens en leur sein », informe le Dr Nana.

A la question de savoir comment le Sirop NATURCOLD se retrouve donc dans le circuit de distribution malgré cela, il s’est montré embarassé et n’a pas pu apporter de réponse à notre préoccupation. « Nous sommes entrain de remonter la piste. Nous allons frapper le moment venu », a -t-il néanmoins indiqué. Certains pharmaciens de cet ordre professionnel pointent du doigt les défaillances des autorités administratives pour faciliter l’entrée frauduleuse de ce produit. Elles bénéficieraient des complicités des professionnels de la pharmacie et du médicament à cet effet. L’ONPC entend ainsi « s’assurer que les professionnels ne participent pas à ces entrées frauduleuses », fait savoir le Président de l’ONPC.

Hypothèses

Pour l’OMS, « Il est possible que le produit mentionné dans la présente alerte fasse l’objet d’une autorisation de mise sur le marché dans d’autres pays ou régions. Il peut également avoir été distribué, par des marchés informels, à d’autres pays limitrophes ».

Le Sirop NATURCOLD fait partie des sirops contaminés (de qualité inférieure) identifiés dans la région Afrique de l’Organisation mondiale de la Santé. Le produit de qualité inférieure référencé dans la présente alerte est dangereux et son utilisation, en particulier chez l’enfant, peut entraîner des lésions graves ou la mort. « Des mesures sont prises pour éviter la circulation de NATURCOLD dans notre pays d’une part et pour sanctionne les contrevenants conformément à la réglementation en vigueur d’autres part », a écrit Manaouda Malachie le 19 avril dernier. Sauf que depuis lors, rien n’a été fait.

 

Conseils aux autorités de réglementation et au public

  • Si vous est en possession du produit concerné, l’OMS vous recommande de ne pas l’utiliser. Si vous (ou quelqu’un que vous connaissez) avez, ou pourriez avoir, utilisé le produit en question, ou avez connu une réaction indésirable ou des effets secondaires après son utilisation, vous devriez consulter immédiatement un professionnel de santé.

 

  • L’OMS recommande une surveillance et une vigilance accrues au niveau des chaînes d’approvisionnement dans les pays et les régions où ces produits sont susceptibles de se trouver. Il est également conseillé de renforcer la surveillance sur les marchés informels et non réglementés. Les autorités de réglementation ou les autorités sanitaires nationales sont priées d’informer immédiatement l’OMS si ces produits de qualité inférieure sont découverts dans leur pays.

 

  • Les professionnels de santé doivent signaler tout cas suspect d’événements indésirables liés à l’utilisation de médicaments contaminés aux autorités nationales de réglementation ou au centre national de pharmacovigilance.

 

 

Olive Atangana

Journaliste diplômée de l'École supérieure des sciences et techniques de l'information et de communication (Esstic) au Cameroun. Passionnée et spécialisée des questions de santé publique et épidémiologie. Ambassadrice de la lutte contre le paludisme au Cameroun, pour le compte des médias. Etudiante en master professionnel, sur la Communication en Santé et environnement. Membre de plusieurs associations de Santé et Politique, dont la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (WFSJ) et le Club des journalistes politiques du Cameroun (Club Po). Très active sur mes comptes Tweeter et Facebook.

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