Avec 2000 nouveaux cas enregistrés chaque année, une campagne pour mettre fin à cette maladie est sur le point d’être mise sur pied par le gouvernement et ses partenaires.

Calvaire. Horreur. Souffrance. Honte. Humiliation. Pitié. Exclusion sociale. Perte profonde de la dignité. Aminatou a connu tous ces mots utilisés par les professionnels de l’Information et de la Communication, pour décrire la fistule obstétricale. C’est que, la jeune dame de 25 ans a souffert de cette maladie pendant 7 ans. « Mon mari m’a répudié. Je suis retournée dans ma famille, on me conseillait d’aller voir les marabouts. Quand ma mère est morte, je n’avais plus personne pour s’occuper de moi. On m’a construit une autre petite maison et c’est là-bas que je vivais, coupé de tout», relate Aminatou.

Son histoire est poignante. Enceinte et à terme, elle s’est rendue à l’hôpital pour un accouchement. Mais après plusieurs heures de contraction, tout se complique pour la jeune mariée. « On a forcé le passage du bébé. Cela a déchiré ma vessie. On m’a opéré mais on n’a pas pu réparer. J’ai vécu avec cela pendant 7 ans», explique la jeune dame. Fort heureusement, tout ceci est derrière elle aujourd’hui. A l’issue d’une campagne de réparation, elle a pu être réparée de cette incontinence chronique.

Ce qui n’est le cas des 20 000 femmes qui en souffrent au Cameroun. L’enquête à indicateurs multiples par grappe conduite en 2014 indique ce taux de prévalence, avec environ 2000 nouveaux cas qui surviennent chaque année. Malheureusement, la grande majorité des femmes affectées par cette maladie sont jeunes, issues des familles très démunies et ne peuvent pas de ce fait, se payer les frais médicaux.

Stigmatisation

En effet, la réparation de la fistule coûte cher. Les malades déboursent parfois 400 000 Fcfa dans l’espoir de recouvrer la guérison. Mais même après deux ou trois opérations, certaines n’ont pas d’autres choix que de vivre avec la maladie car, elles ne sont pas toutes concluantes. En outre, elles sont victimes de stigmatisations, de violence et contraintes parfois à vivre dans l’exclusion. « Pour la plupart de ces femmes affectées, la fistule obstétricale n’est ni plus ni moins une vie complètement détruite physiquement, économiquement, socialement et émotionnellement », regrette l’UNFPA.

Voilà pourquoi un événement de solidarité nationale de prise en charge de la FO se prépare activement à Yaoundé. « Mon rêve c’est de voir les gens se mettre ensemble pour réclamer les droits de ces femmes », plaide le Dr Baye Martina, secrétaire permanent du Programme national de lutte contre la mortalité maternelle et Infanto-juvénile.

Entre temps, la stratégie nationale en cours d’exécution entreprise par le ministère de la Santé publique et ses partenaires techniques et financiers court jusqu’en 2023.  Elle vise entre autres, à accroître annuellement de 20%, la proportion des femmes guéries de fistule obstétricale et d’améliorer l’utilisation des services pour la prise en charge chirurgicales des cas de FO dans 80% des hôpitaux régionaux.

En rappel, la fistule obstétricale résulte généralement d’un travail prolongé (souvent de plusieurs jours) et difficile, sans intervention obstétricale (césarienne) pratiquée en temps voulu. Le fœtus exerce alors une pression excessive sur les organes internes (vagin, vessie, rectum) et endommage les tissus de la femme. Dans la plupart des cas, le bébé meurt. La femme souffre d’incontinence sévère qui conduit à des ulcères, des infections et parfois même à la mort.

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